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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/175

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lestes sans prévoir que les observations astronomiques serviraient un jour au navigateur pour se diriger sur l’Océan et au géographe pour mesurer les dimensions du globe terrestre. De même encore les alchimistes, en cherchant l’or, ont trouvé par hasard et dédaigné, sous l’empire d’une préoccupation exclusive, quelques-uns des corps les plus utiles de la chimie moderne. Pour la météorologie au contraire, on ne s’y est pas trompé. On a demandé tout d’abord à cette science de pronostiquer les orages, d’annoncer la pluie et le beau temps. Les savans ont longtemps refusé d’accéder à cette demande : non pas que dans leur opinion l’étude des météores n’eût aucun but, mais parce que la prédiction du temps leur paraissait être un problème trop complexe et trop difficile à résoudre. Le but qu’ils entrevoyaient à leurs travaux était de bien moindre importance. Accumuler les observations thermométriques et en déduire, après de longues années, la température moyenne d’une contrée, constater l’influence de la hauteur des montagnes sur le climat, mesurer la quantité d’eau qui tombe dans un mois ou dans une année, — la météorologie, au dire des savans, ne devait pas pour le moment se proposer autre chose. Il semblait que toutes les observations météorologiques n’eussent d’autre usage que de servir à la détermination de ce terme banal que l’on nomme une moyenne, chiffre abstrait qui ne présente pas plus de profit à l’industriel que d’intérêt à l’homme du monde. Aujourd’hui même il est plus d’un savant qui se refuse à tirer des conséquences pratiques de l’étude des météores, soit que cette science ne paraisse pas assez avancée pour donner des résultats certains, soit que l’on craigne les mécomptes, suite nécessaire de prédictions fausses, et la déconsidération qu’ils feraient rejaillir sur les auteurs de ces prédictions. Il faudrait donc encore se contenter d’enregistrer des observations, de les discuter, de les combiner ou comparer entre elles, afin de découvrir les luis générales qui régissent les météores plutôt que pour en prévoir le retour.

Cependant l’étude des phénomènes passés est en général d’un médiocre intérêt pour le public, et il est d’autant plus difficile de se refuser à l’examen des prédictions atmosphériques que la météorologie n’a par elle-même rien d’expressément scientifique. Elle n’exige jamais ces profonds et pénibles calculs ni ces observations d’une délicatesse exquise qui font que l’astronomie et la physique sont l’apanage de quelques hommes spéciaux. Les appareils qu’elle emploie sont entre toutes les mains et familiers à tous les hommes : c’est le thermomètre, la girouette, le baromètre. Il suffît de savoir consulter ces instrumens vulgaires, d’enregistrer avec ordre les indications qu’ils donnent tous les jours et de combiner les chiffres