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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 47.djvu/118

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ment mesuré l’importance, l’influence irrésistible et la rapidité de l’acte intellectuel dans la production du rire, car là est le principal mérite de cette curieuse étude de Jean-Paul.

Nous ne multiplierons pas ces exemples. Ce que nous avons dit a suffi pour montrer l’importance et le caractère des débats scientifiques soulevés par la question du rire. Nous avons tenu surtout à marquer le point où les principales discussions antérieures ont conduit et laissé le problème. A vrai dire, ces discussions ont dégagé et éclairé jusqu’à un certain degré toutes les faces de ce sujet complexe. Les formes mobiles et fuyantes de ce protée psychologique ont été à peu près toutes entrevues au passage et plus ou moins fidèlement esquissées. La tâche des derniers venus était donc d’adopter une méthode large et sévère en même temps, de retrouver par l’analyse toutes les parties du phénomène déjà signalées, et de rétablir entre ces élémens le lien de cause à effet qui les rattache. Bref, il s’agissait moins d’inventer que de vérifier, démontrer et organiser.


II.

Dans l’ordre de ces faits quotidiens que chacun peut atteindre, vérifier, c’est mieux observer; démontrer, c’est mieux expérimenter et mieux décrire; organiser, c’est mieux classer sur le sujet qui nous intéresse. Laissons parler l’observation, et complétons au besoin son témoignage par celui de l’expérimentation.

Il y a deux rires, le rire de l’âme et le rire du corps. Le premier est ordinairement suivi du second; cependant ils sont aussi distincts l’un de l’autre que les larmes sont distinctes de l’affliction, et il n’y a qu’une analyse grossière et superficielle qui se méprenne jusqu’à les confondre. Rien de plus facile que de les produire séparément ou de les isoler lorsqu’ils se présentent réunis, tant il y a de différences dans leurs élémens, et en quelque façon dans leur ressort et dans leur mécanisme. A considérer d’abord le rire corporel, on n’y surprend que des mouvemens purement organiques. Le grand ressort du rire physique, c’est le diaphragme, dont le nom grec n’effraie plus quand on sait qu’il signifie tout bonnement cloison, parce que ce muscle membraneux sépare, comme une cloison, la poitrine de l’abdomen. Quand les poumons sont vides, cette espèce de toile se courbe et se gonfle de bas en haut; quand l’air remplit les poumons, la cloison mobile s’abaisse, et sa courbure s’aplatit. Aspirez fortement, votre diaphragme descend; respirez au contraire, votre diaphragme remonte. Le bâillement, le hoquet, le soupir, le sanglot, le rire physique, sont autant de mouvemens divers du dia-