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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/992

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département de Lithuanie au gouvernement national, où, en même temps que sont décrites les cruautés commises par l’armée russe, est exprimée en termes poignans la volonté de prolonger la guerre jusqu’à ce que le dernier soldat russe ait été expulsé du sol polonais, ou jusqu’à ce que le dernier patriote ait cessé de vivre. Il est donc nécessaire, pour que l’armistice soit accepté par les Polonais, que la Russie consente à l’étendre aux anciennes provinces. Il faut aussi que l’armistice soit sincère, que partout le gouvernement russe s’interdise ou cesse de poursuivre les Polonais compromis dans l’insurrection. Sur ce point encore, une simple promesse de la Russie ne peut pas suffire. Les Polonais ont appris, par une trop longue expérience, le peu de fonds qu’on doit faire sur les promesses de clémence du gouvernement russe. On ne cite qu’un seul insurgé qui ait accepté la dernière amnistie ; comment lui a-t-elle été appliquée ? On a commué en sa faveur la peine de mort en vingt-cinq ans de travaux forcés. Le gouvernement polonais demande donc qu’une commission européenne vienne surveiller en Pologne l’exécution de l’armistice. Les puissances se mettront-elles d’accord pour imposer ces conditions, sans lesquelles le travail des conférences serait exposé à être bafoué par les tristes scènes dont les provinces insurgées continueraient à être le théâtre ? La Russie les acceptera-t-elle ? Il serait bien hasardeux de le prédire. Quelques esprits regardent les difficultés diplomatiques qui entourent la question polonaise comme devant empêcher qu’une guerre européenne en sorte. Nous ne partageons point cet avis : ces difficultés, par leur nombre et leur gravité même, peuvent rendre impossible une solution pacifique de la question polonaise ; mais, si cette question ne peut avoir de solution pacifique, les grandes puissances, qui ont l’orgueil de marcher à la tête de la civilisation et de l’humanité, se résigneront-elles à laisser prévaloir dans le feu, dans le sang, dans les supplices, dans les tortures de la Sibérie, la solution russe ? Nous ne voulons point le croire.

La France a reçu ces jours-ci une heureuse nouvelle ; après avoir arrêté nos troupes pendant six semaines, la ville de Puebla est enfin tombée en leur pouvoir. Au moment où notre diplomatie va sans doute faire un pas en avant en faveur de la Pologne, il y a dans ce succès de notre armée du Mexique une coïncidence heureuse. Espérons que la prise de Puebla hâtera le moment où nous pourrons nous dégager honorablement de la malencontreuse expédition du Mexique, et rendra à la France une liberté d’action dont elle peut faire un si digne usage en Europe, s’il faut en appeler à la force pour soutenir les intérêts d’ordre, de justice et d’humanité qui sont attachés à une bonne solution de la question polonaise.

Les élections belges ont eu un résultat fâcheux pour le parti libéral ; elles ont enlevé leur siège à la chambre à quelques-uns des membres les plus considérés et les plus honorables de ce parti. Le chef du cabinet, M. Rogier, n’a point été élu à Dinant. M. Devaux, une des lumières de l’ancien