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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/986

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cher-, par compensation, dans une organisation plus forte des autres libertés politiques. On peut donc déclarer hautement que, bien loin de conseiller l’emploi le plus énergique de l’action administrative dans les élections, l’esprit de la constitution de 1852 exige impérieusement au contraire que la plus grande spontanéité et la plus grande liberté possibles régissent les actes du suffrage universel.

La pratique suivie avec éclat par le gouvernement dans les dernières élections annonce qu’il n’accepte point cette conclusion, qui se déduit nécessairement de l’esprit de la constitution, interprétée au sens libéral. L’erreur que le gouvernement a commise, suivant nous, à cet égard nous est d’autant plus difficile à comprendre qu’elle ne peut s’expliquer par l’illusion spécieuse d’une habileté de tactique. L’intervention administrative dans les élections vient de nous donner plusieurs spectacles singuliers, qui, en aucun cas, ne sauraient être utiles au pouvoir. Le ministre et les préfets, en intervenant dans les élections, se sont chargés de parler et d’agir au nom de leurs candidats officiels, et ont traité les candidats non officiels en ennemis. Il est résulté de cette situation que le débat moral s’est établi, non point entre les candidats de deux partis, mais entre les agens du pouvoir et les représentans de l’opposition. L’administration, en faisant les affaires de ses patronnés, les a effacés dans la discussion, et n’a laissé de rôle militant et en évidence qu’à ceux qu’elle traitait en adversaires. Elle s’est privée ainsi d’un des plus grands avantages que les gouvernemens puissent tirer d’une compétition électorale, qui est d’être défendus devant le pays avec une spontanéité énergique par leurs amis les plus dévoués. Tout le monde conviendra en effet que les accens d’un candidat qui s’adresse à ses concitoyens pour son propre compte, de sa propre initiative, et réclame leurs suffrages au nom de la solidarité d’intérêts et d’idées qui les unit, ont une vertu politique plus vivace que les proclamations des préfets, et, au lieu d’épuiser le pouvoir, lui apportent une nouvelle force. En mettant dans la lutte les préfets en avant, tandis que les candidats officiels étaient relégués au second plan, le gouvernement a renoncé au bénéfice de cette sève rajeunissante qui, dans les élections libres, doit remonter du pays au pouvoir. Une autre conséquence de cette situation, qui ne nous paraît pas plus heureuse au point de vue de l’habileté, c’est que, pour combattre les candidats de l’opposition, l’administration s’est crue obligée de les traiter en ennemis. Il ne nous semble pas que ce soit, à proprement parler, le métier d’un gouvernement de se créer gratuitement ainsi de ses propres mains des ennemis : les accidens de l’existence lui en suscitent toujours bien assez. Son rôle au contraire est d’élargir sans cesse sa base, de se servir de toutes les occasions et de tous les prétextes pour accroître le nombre de ses recrues et grossir les rangs de ses adhérens. M. de Persigny avait paru le comprendre ainsi en arrivant au ministère de l’intérieur, lorsqu’il recommandait, avec