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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/984

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touchant les courans d’opinion qui se prononcent dans le pays. Quelle est l’opinion qui gagne du terrain ? quelle est celle qui en perd ? C’est l’information principale que le gouvernement et les hommes politiques ont à rechercher dans les résultats numériques de l’élection. Si l’on demande une information de cette nature à notre dernière élection générale, on la trouve décidément favorable à l’opposition libérale et démocratique, puisque cette opposition gagne vingt voix et que les candidatures administratives en perdent autant.

Mais les nombres seuls sont bien loin d’indiquer toute la portée d’un mouvement électoral. Il faut voir encore où se produisent les résultats électoraux qui expriment et déterminent la direction du courant grossissant de l’opinion. Comme nous le disions récemment, les manifestations des grandes villes ont toujours été regardées par les observateurs politiques comme le plus sûr indice de la direction des esprits. Or c’est dans les grandes villes que l’opposition libérale a obtenu la plupart de ses succès. A Paris, le succès a été éclatant et a dépassé toutes les espérances. Huit candidats ont été nommés au premier tour de scrutin, et, dans la circonscription où il y a eu ballottage, les voix réunies de l’opposition l’emportaient de beaucoup sur celles du candidat administratif. En 1857, à Paris et dans le département de la Seine, sur 212,000 votans, les candidats officiels avaient obtenu 110,000 voix, et les candidats de l’opposition 96, 000, et aujourd’hui, six années après, sur 235,000 votans, les candidats officiels n’ont rallié que 84, 000 voix, tandis qu’un nombre presque double, 150,000, se réunissaient sur les candidats de l’opposition. Aucun homme sérieux ne s’avisera de contester l’effet moral de cette grande démonstration parisienne. On aura beau faire et beau dire, Paris n’en sera pas moins toujours la plus haute et la plus complète représentation de la France. Le mot de M. Disraeli, comparant Paris aux grandes cités démocratiques qui ont régi des empires, et disant que la France est une monarchie gouvernée par une république, demeure vrai à travers toutes les constitutions et tous les régimes. Paris est la ville de France qui jouit au plus haut degré possible, sous les institutions actuelles, de la liberté électorale. Ses électeurs ne connaissent point l’influence dirigeante des maires et l’action de ces caporaux de la discipline électorale, si obéis de nos paysans, que l’on appelle les gardes champêtres. L’administration n’a pu agir sur les Parisiens que par les moyens moraux, par les circulaires, les lettres et les proclamations du ministre de l’intérieur et du préfet de la Seine, appréciées et critiquées avec modération et fermeté par la presse libérale. Ici les chances du combat étaient à peu près égales pour tous, et l’on a vu au profit de qui elles ont tourné. Un phénomène analogue s’est produit dans la plupart de nos grandes villes. Marseille a nommé MM. Berryer et Marie ; M. Thiers, qui, dans la circonscription des Bouches-du-Rhône où il se présentait, comptait beaucoup de communes rurales, a eu la majorité dans les sections de la