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tait à l’opinion libérale. Nous pourrions multiplier l’expression de nos regrets à propos de ceux de nos amis politiques dont l’initiative courageuse n’a point été récompensée par le succès ; mais ces regrets privés s’effacent devant le grand résultat public et politique des élections générales.

L’opposition libérale était placée dans des conditions telles qu’elle n’avait rien à perdre, qu’elle avait tout à gagner aux élections. Elle ne pouvait compter dans l’ancienne chambre que sur cinq voix déterminées et constantes. Chaque voix ajoutée à cette ancienne et petite réserve était donc pour elle un progrès, une conquête, une victoire. Pour avoir un juste sujet de se féliciter, elle n’était pas tenue de gagner toutes les batailles qu’elle livrerait ; il lui suffisait de remporter quelques victoires. Outre les fameux cinq, l’élection précédente n’avait envoyé à la chambre que quatre ou cinq membres indépendans du patronage administratif. L’élection actuelle ouvre le corps législatif à une trentaine de députés de l’opposition ou non officiels. L’opposition vient donc de gagner vingt voix : le nombre est petit, mais le succès est grand. Le succès est grand par les circonstances au milieu desquelles il a été obtenu, par la nature des circonscriptions qui l’ont donné, par la signification du mouvement électoral, par le développement que l’accroissement de l’opposition et que le talent et l’autorité de plusieurs de ses nouveaux représentans vont donner à la discussion politique au sein du corps législatif.

Le rapport numérique des opinions hostiles n’est point tout dans le résultat d’une élection générale, il faut voir aussi dans ce résultat les symptômes de la direction des esprits et du courant des opinions. Il ne s’agit pas seulement de savoir de quel nombre de voix un parti l’emporte sur l’autre, il faut considérer encore quelle est l’opinion qui est en progrès, quelle est celle qui est en train de recruter des adhérens et que le souffle de l’esprit public encourage. Il importe de tenir compte de ces symptômes qui annoncent où va le courant de l’opinion, même dans les pays qui possèdent le régime populaire et parlementaire, et où il semblerait que la question de la majorité numérique dût tout dominer, puisque ces pays se gouvernent par les partis et la majorité que les partis se disputent. En Angleterre par exemple, quoique le ministère ait une majorité décidée, on s’inquiète beaucoup des voix gagnées partiellement par l’opposition ; on y voit des tendances de l’esprit public auxquelles un ministère, pour se conserver, doit, s’il est habile, donner satisfaction à temps. En France, les chiffres électoraux n’ont pas d’importance au point de vue de l’avènement ou de la chute d’un cabinet, puisqu’à proprement parler nous n’avons pas de cabinet, puisque nos ministres ne sont pas responsables, et que, loin que les ministères s’y fassent et s’y défassent au sein de la chambre, les ministres, ceux du moins qui ont les portefeuilles, ne peuvent prendre part aux délibérations de cette assemblée. Chez nous donc, la principale valeur d’une élection générale consiste dans les renseignemens et les avertissemens qu’elle fournit