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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/967

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encore, décide la question contre lady Audley, et brise le fil qui retenait au-dessus de sa tête l’épée menaçante. Robert, miraculeusement soustrait à l’incendie, reparaît à Audley-Court, dégagé désormais de tout scrupule. Les preuves qu’il apporte sont écrasantes, et lady Audley, définitivement vaincue, n’a plus qu’à se courber sous cette main puissante et loyale. Ses aveux alors sont complets, et devant son époux consterné, avec un impassible sang-froid qui trahit la sécheresse de cette âme perdue, elle raconte un à un tous les artifices à l’aide desquels elle a réalisé ses plans audacieux et voulu consolider sa frauduleuse prospérité. Elle confesse même qu’elle a tué George Talboys, qu’elle l’a tué traîtreusement et sans qu’il pût se défendre; mais si nous l’en croyons, elle a commis ce crime sans préméditation, sous le coup des reproches et des menaces dont son premier mari l’accablait et sous l’irrésistible empire d’une maladie héréditaire. Le véritable secret de lady Audley et en même temps l’excuse de ses forfaits, ce sont précisément les défaillances momentanées de sa raison. A la justice clémente qui la poursuit, elle offre ainsi pour la dérober au dernier supplice une ressource dont sir Michaël et son neveu ne manqueront pas de se prévaloir. Au lieu de la livrer aux tribunaux, c’est dans une maison d’aliénés, au centre des provinces belges, que Robert conduira cette misérable créature, déchue de sa splendeur passagère et condamnée à y finir ses jours. Après l’accomplissement de ce juste arrêt, il semble que tout soit fini, et que le sort de George, sur le meurtre duquel Helen Maldon n’a voulu donner aucun détail, doive demeurer enveloppé d’un mystère impénétrable; mais alors se produisent les aveux de Luke Marks, dérobé à l’incendie par Robert Audley, et qui, sur le lit de mort où le retiennent les graves blessures qu’il a reçues, livre enfin tous les secrets qu’il avait gardés jusqu’alors. George, précipité à l’improviste dans un puits abandonné par cette femme sur laquelle il venait revendiquer tous ses droits, a survécu à cette chute terrible; Luke l’a retrouvé le jour même, sanglant et brisé, sous les ombrages du parc. C’est à Mount-Stanning que le malheureux a reçu les premiers soins, c’est de là qu’il est parti peu d’heures après, le bras en écharpe, pour fuir à jamais le théâtre d’une si odieuse trahison. Il était déçu dans son amour, dans ses espérances d’avenir, et, décidé à s’expatrier sans retour, il avait recommandé le plus profond silence au mari de Phœbé; celui-ci, pour plus d’une raison, devait se taire. — Avons-nous besoin d’ajouter maintenant que la récompense de Robert Audley sera la main de Clara Talboys, et que George reviendra d’Amérique tout juste à temps pour assister à leurs noces?

Tel est le sommaire de cette fable, dont il est facile de constater,