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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/887

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même ne croit pas célébrer dans Hippolyte un simple garde païen converti par un diacre, mais l’évêque philosophe qui résidait :

…….. Tyrrheni ad litoris oram
Quaeque loca aequoreus proxima Portus habet.


Il dit positivement que le saint fut mis à mort à Ostie, et que les fidèles allèrent déposer ses restes sanglans sur le territoire de Rome [1]. Il décrit la grotte étroite où dans les catacombes d’un ancien cimetière la foule allait encore honorer sa mémoire à la fin du IVe siècle. C’était dès lors le jour des ides d’août [2].

Puis enfin la statue, le plus visible et le plus certain des témoignages, est celle de l’évêque. Les inscriptions de la chaire cathédrale ne laissent aucun doute sur ce point. Cette statue a été trouvée en 1551. Elle a été trouvée où elle devait être. Elle a tout de suite été l’objet de la curiosité des savans. Elle est plus ancienne que le fameux bronze de Saint-Pierre, qui paraît byzantin, et qu’on place au VIe siècle. Elle est donc unique dans son genre, et Winckelmann lui attribue une telle antiquité qu’on ne regarde pas comme impossible qu’elle eût été érigée à Portus du vivant même d’Hippolyte, avant d’être transférée au lieu de sa sépulture.

Mais ce qui complique la question, les annales ecclésiastiques parlent d’un désaccord entre Hippolyte et Rome. Prudence lui-même accuse le premier d’avoir touché au schisme de Novatus, et il faudrait admettre alors qu’un père de l’église, un martyr, un saint, se serait séparé des pontifes que nous appelons souverains. Enfin, pour comble de difficulté, voilà qu’il y a dix ans un de nos plus habiles hellénistes, M. Miller, a publié à Oxford une édition princeps très bien faite d’un manuscrit de la Bibliothèque de Paris, avec ce titre (en grec) : Origenis philosophumena. Cet ouvrage curieux contient une analyse succincte des principaux systèmes de la philosophie grecque, puis un dénombrement et un examen des hérésies, et enfin une exposition sommaire de la doctrine chrétienne en ce qui touche Dieu, cause universelle, et le Verbe, dépositaire et agent de sa volonté créatrice. Les amateurs de littérature savent gré à cet ouvrage de leur avoir révélé un fragment inconnu de Pindare ; mais ceux qui s’intéressent à la philosophie et surtout à la théologie l’étudient sous d’autres aspects, et d’abord ils doutent fort que l’ouvrage appartienne à Origène, comme l’a supposé l’éditeur. C’est même une attribution à peu près abandonnée. Puis Bunsen a le

  1. ……. Ostia linquunt,
    Roma placet.
    (Hymn. XL.)
  2. Aug. Hippolyti in Via Tiburtina. (Calendar. Libcrian., 382.)