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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/881

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puis Jésus-Christ rend la vue aux aveugles : c’est le monde tiré des ténèbres du péché. Cette première moitié du bas-relief est séparée de l’autre par une figure nue entre deux lions. C’est Daniel ou plutôt une image générale soit de la Passion, soit des persécutions et des martyres. Ce motif, qui se retrouve souvent, ne paraît être là que pour diviser les deux compartimens ; du moins il ne se place pas naturellement dans la série des scènes qu’il interrompt. La première à droite est le changement de l’eau en vin et la résurrection de Lazare, ce qui signifie clairement la conversion des infidèles et la renaissance à une nouvelle vie ; puis, au-dessous, saint Pierre est emmené par des Juifs en présence de Jésus-Christ, et immédiatement après Moïse fait jaillir du rocher la source où s’abreuvent les Hébreux. Cette dernière partie a trait de toute évidence à la fondation de l’église et à la propagation de la foi par une voie miraculeuse. Sous le rapport de l’art, ce tombeau n’a guère d’autre mérite que la clarté dans l’expression littérale. L’œuvre est d’ailleurs grossière, et ne dénote qu’une certaine facilité de main ; mais c’est un des exemples les plus notables et les plus démonstratifs du système iconographique adopté par les artistes et probablement aussi par les docteurs de cet âge du christianisme.

D’autres sculptures sépulcrales confirment et complètent le sens de celle-là. Il est toujours à remarquer que les scènes préliminaires de la Passion sont indiquées avec ménagement ; les outrages que subit le Christ sont adoucis, et la Passion elle-même est figurée soit par le sacrifice d’Abraham, soit tout simplement par la croix au monogramme de Constantin. Souvent le Christ est représenté par un jeune homme, presque un impubère romain. Quelques emblèmes païens, par exemple celui d’une vendange par de petits génies entourés d’une treille, continuent d’être appliqués au christianisme. On a vu que la métaphore de la vigne du Seigneur permettait cette transposition d’un emblème emprunté à la partie mystérieuse du culte de Bacchus.

La nombreuse collection d’inscriptions réunies au palais de Latran, dans la galerie extérieure du premier étage, donnerait lieu à une foule d’observations intéressantes ; mais elles ne sont pas de ma compétence. La science inductive qu’on appelle l’épigraphie a pris de nos jours un développement et une importance que les travaux de M. De Rossi ne peuvent qu’accroître. Parmi les intéressantes remarques que j’ai entendues de sa bouche, une doit être notée : c’est l’absence de toute désignation de maître et d’esclave dans les inscriptions tumulaires des chrétiens. Serait-ce la juste application du verset qui promet, au nom du Seigneur, la même récompense pour le bien accompli dans la servitude comme dans la liberté, ou