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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/870

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artis morientis. Il se peut encore qu’une religion nouvelle, fort occupée d’ailleurs à se soutenir et à se propager, hésitât à faire ouvertement usage d’un art en déclin. Elle cherchait peu les regards du public. Son esprit même ne la portait pas à revêtir ses croyances du prestige du dessin et de la couleur. Pour attirer l’attention en parlant aux yeux, il aurait fallu ne pas la craindre. Attendons-nous donc à voir les chrétiens ne manifester que par de rares essais le désir de prêter un corps et une figure à leurs dogmes et à leurs traditions, et si, malgré tant d’obstacles, ce goût de réalisation sensible des idées spirituelles s’est fait jour parmi eux, ne nous étonnons pas qu’il ait d’abord paru timide et voilé, qu’en cherchant à satisfaire de secrètes sympathies il ait tâché de se dissimuler à la malveillance, qu’il ait enfin réfléchi les scrupules et les craintes d’une société naissante et menacée qui doutait encore de ses droits et de son sort, qui même ne savait pas bien ce que lui permettaient la foi ni la prudence. Les idées sur ce point tardèrent à se fixer. Peu après la fin du IIIe siècle, un concile d’Eliberis interdisait de retracer sur les murailles des églises ce qui est objet de culte et d’adoration, quod colilur et adoratur. Quoique les images peintes aient toujours excité moins d’ombrages que les images taillées qui rappelaient les idoles primitives, l’église n’a pas admis sans hésitation la représentation de la Divinité ; il est douteux qu’elle l’ait jamais formellement encouragée ; jusque dans le XVIIe siècle, on a cru convenable d’interdire au pinceau ou au ciseau toute figure de la Trinité. Il a bien fallu, sur l’autorité de Michel-Ange et de Raphaël, tolérer la personnification du Dieu créateur dans les scènes de la Genèse et de l’Exode : la colombe et les langues de feu ont, conformément au Nouveau Testament, annoncé la présence du Saint-Esprit ; mais l’essence divine dans sa triple personne n’a guère été rendue sensible aux yeux que par des simulacres qu’excusait leur vétusté. On trouverait difficilement, en France du moins, des théologiens éclairés qui autorisassent formellement la représentation de la Trinité. L’un d’eux, après avoir rappelé que le concile de Trente ne parle que des figures de Jésus-Christ et des saints, raconte que Bossuet, dans son diocèse, faisait attacher à la muraille une grande image où était représenté le sujet de la leçon ; « mais, lorsqu’on expliquait la sainte Trinité, on ne montrait aux enfans aucune figure pour leur faire entendre que ce grand mystère ne peut être aperçu par les sens, mais par l’esprit seul que la foi éclaire. »

On conçoit que les anciens n’eussent pas tous la même délicatesse de spiritualisme. Les imaginations asiatiques étaient naturellement portées à aimer les images, si l’on en juge par le soin qu’ont pris le judaïsme et le mahométisme de les leur interdire. Dans le