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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/866

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muraille voisine la figure peinte en pied de saint Urbain avec son nom, et, chose fort rare, celle d’une dame romaine richement vêtue, que le plus sceptique doit consentir à nommer sainte Cécile. Ainsi la tradition a été confirmée dans ses points essentiels ; la légende est remontée au rang de l’histoire, et l’archéologie moderne ne peut guère se glorifier de découvertes plus intéressantes pour les annales de l’église et de l’art.

Les origines de la peinture chrétienne sont obscures. On ne saurait affirmer qu’au Ier siècle de l’église l’usage ou même l’idée de retracer les personnages, les événemens ou les symboles de la religion fût en grande faveur. Il semble que la haine judaïque pour les images taillées et le spiritualisme naturel aux adorateurs de Dieu en esprit et en vérité dussent éloigner les premiers chrétiens de toute curiosité pour l’expression visible des objets miraculeux de la foi. Ces moyens imitatifs durent même inspirer à quelques-uns une répugnance scrupuleuse dont l’excès a plus tard donné naissance au fanatisme des iconoclastes. Des écrivains sacrés ont, il est vrai, prétendu que Jésus-Christ, ayant imprimé sa face sur un morceau d’étoffe, l’envoya à Abgare, roi ou satrape d’Édesse, ne pouvant de sa personne se rendre auprès de lui, et que ce portrait authentique se conservait encore dans cette ville au VIIe, d’autres disent au Xe siècle [1]. On a aussi raconté qu’une femme pieuse aurait essuyé le front du Fils de l’homme montant au Calvaire, et le mouchoir dont elle s’était servie, marqué d’une empreinte miraculeuse, serait l’origine de toutes ces véroniques [2] ou vraies images du Sauveur conservées dans plus d’un sanctuaire. La crédulité a enchéri sur cette légende et montré l’empreinte de toute la personne du Christ sur ces linceuls qu’on nomme suaires, et qui sont plus multipliés qu’il ne faudrait pour leur authenticité. C’est encore ainsi que Nicodème aurait, au dire des gens de Lucques, sculpté d’après nature la tête du Christ au tombeau, et son ouvrage, conservé au moins depuis le VIIIe siècle, serait ce saint Voult de Lucques,

  1. La correspondance entre le Christ et Abgare est elle-même tenue maintenant pour apocryphe, et d’ailleurs elle ne parle pas du portrait.
  2. Ce mot, mal forgé pour exprimer une vraie image, est devenu un nom propre, un homonyme de Bérénice, nom de l’hémorroïsse ne l’Évangile, qui serait pour les uns la femme au mouchoir, et qui selon les autres aurait fait couler en bronze une statue de Jésus-Christ. Cette statue invraisemblable aurait été brisée sous Julien l’Apostat. De tout cela, le martyrologe a gardé une sainte Véronique. Quant aux véroniques-images, en France seulement, quatre villes au moins prétendaient posséder une de ces saintes faces. Quatorze bulles avaient, dit-on, certifié véritable celle de Toulouse, tandis que celle de Turin n’avait que quatre bulles en sa faveur. On dit que le Vatican et Saint-Jean-de-Latran gardent aussi de ces sortes de reliques, sans compter bien d’autres églises. Une statue ne sainte Véronique est à l’entrée du confessionnal de saint Pierre.