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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/85

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tête du conseil des cinq le prince Vakisakou-Nakatsou-Kasano- Taïro, ami intime de Mito, ennemi juré des étrangers ; et défenseur tardent de la politique conservatrice. Ce dernier, n’accepta, qu’après avoir pris conseil de ses amis, et dans l’espérance, dit-il, de détourner de sa patrie les maux que la conduite du régent menaçait d’attirer sur elle. Par suite des délibérations de l’assemblée des daïmios à Yédo, un nouveau traité fut conclu avec l’Amérique au mois de juillet 1858. Au mois d’août ou de septembre suivant mourut Yesada, le taïkoun idiot. On crut généralement qu’il avait été empoisonné par le prince de Mito ; cependant des personnes bien renseignées d’ordinaire sont d’avis que sa mort fut naturelle.

Lorsqu’un taïkouri meurt sans descendance directe, l’élection de son successeur est toujours une occasion de troubles. D’une part, les trois familles gosankès de Kousiou, d’Owari et de Mito font chacune valoir leurs droits, et divisent les suffrages de ceux qui restent fidèles à la race de Hieas. D’autre part, les dix-huit gok’chis ou pairs du Japon s’efforcent, malgré la loi de succession, de se créer des partisans pour arriver au pouvoir, et il est bien certain aujourd’hui que les plus puissans d’entre les gok’chis, les princes de Kanga, de Satzouma et de Schendei par exemple, ont tenté plus d’une fois de parvenir au trône depuis deux cent cinquante ans qu’il est occupé par les descendans de Hieas ; Pour empêcher autant que possible les troubles, qui pourraient résulter de ces mille intrigues, la cour de Yédo a depuis longtemps défendu, sous les peines les plus sévères, aux fonctionnaires du palais de faire connaître à qui que ce soit la mort d’un taïkoun avant la nomination de son successeur. Aussitôt le taïkoun mort, c’est au conseil d’élection de Yédo de choisir un nouveau souverain, et.de soumettre son choix à la sanction du mikado, sanction que l’élu n’a jamais manqué d’obtenir en appuyant sa requête de cadeaux considérables. Pour obvier aux conséquences d’une indiscrétion possible, la ville de Kioto, où réside le mikado, est entourée d’un réseau de postes militaires qui en interdit l’approche à tout Japonais de la haute classe, à moins qu’il ne donne de son voyage des motifs qui ne laissent point de doute sur ses projets.

Parmi les prétendans à la succession de Yesada, deux rivaux avaient des chances presque égales : le fils du prince de Kousiou et l’un des fils du prince de Mito. Pour le premier luttaient le régent, pour le second le ministre Vakisakou. Après de longs et violens débats, qui n’ont été divulgués que plus tard, le régent l’emporta, et le fils du prince de Kousiou monta sur le trône de Yédo, vers la fin de l’année 1858, sous le nom de Minamoto-Yemotschi. Ce choix fut approuvé par le mikado, et le vieux prince de Mito ne put que, se soumettre aux décisions des deux cours du Japon ; mais sa haine