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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/847

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UN
MUSEE CHRETIEN
A ROME

Le talent possède une puissance de transformation, et, depuis que le Génie du Christianisme a paru, les voyageurs contemplent Rome sous un nouvel aspect. Rome chrétienne dispute leur attention à l’antique Rome. La réputation du peintre habile des beautés terrestres de la religion peut avoir baissé depuis sa mort ; mais, quoi que des esprits sévères en aient pu dire, son ouvrage, il le faut bien, répondait à quelque besoin jusqu’alors négligé de l’imagination humaine ; car il a ouvert des sources de curiosité, d’admiration et de critique qui jusqu’alors n’avaient pas été captées, et qui coulaient à peine. La pensée neuve du livre, pensée que l’on peut trouver grande ou seulement ingénieuse, comme on le voudra, c’est de prendre le christianisme au point de vue de l’art, et de le montrer puissant et maître dans le royaume de l’imagination. Il en a fait, même à ce titre, le premier des souvenirs de l’humanité. Par un reflet subit, Rome en a été éclairée d’un nouveau jour.

Les voyages en Italie, écrits avant ce siècle, ne laisseraient guère deviner à qui l’ignorerait que l’auteur vient de visiter le berceau de son église et la métropole de sa religion. Il y est bien question du saint-siège, mais comme d’une cour ou d’un gouvernement. Il y est parlé des temples et des autels, mais pour leur mérite comme objets d’art, tout au plus pour leur importance comme points de réunion des fidèles, comme centres ou dépendances de tel ou tel établissement clérical ou monastique. Le côté vraiment chrétien de toutes choses est presque toujours omis. Longtemps le rapport qui