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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/750

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d’une barbarie qu’on ne supposait pas si rapprochée de nous, peuvent-ils être tolérés plus longtemps ? Le moins que l’on puisse demander à la Russie, c’est l’armistice dont le cabinet anglais a eu l’idée, et l’ouverture de conférences où l’Europe pourrait exercer le droit, que le cabinet russe ne lui a point dénié, d’intervenir dans le règlement des affaires polonaises. D’ailleurs combien de temps perdu, et combien ces pertes de temps sont cruelles pour l’humanité ! Il y a un mois qu’ont été reçues les réponses du prince Gortchakof aux premières communications des puissances, et c’est à peine si l’on annonce que la France, l’Angleterre, et l’Autriche se sont mises d’accord pour faire à la Russie de nouvelles ouvertures. Sans doute les propositions concertées des trois puissances feront faire un pas décisif à la question diplomatique ; mais la cour de Pétersbourg cherchera encore à gagner du temps, et le temps qu’elle gagnera ne fera malheureusement que prolonger le carnage et la dévastation qui épuisent la Pologne. Quoi qu’il en soit, il importe que le débat entre la Russie et l’Europe civilisée soit serré, précisé et conduit à une prompte conclusion. La France surtout doit avoir hâte de savoir à quoi s’en tenir : il faut qu’elle sache si la Russie veut accorder d’abord un armistice, puis les satisfactions nécessaires à la nation polonaise ; à défaut de toute réponse satisfaisante de la part de la Russie, il faut qu’elle sache si elle doit prendre efficacement en main la cause de la Pologne, ou si elle doit abandonner ce pays à une impuissante et malfaisante domination. Un sentiment d’humanité nous commanderait de ne plus laisser aux Polonais l’espoir du secours de la France, si nous n’avons pas pris bientôt notre parti, des extrémités auxquelles peut nous conduire notre diplomatie, incapable de ramener seule la cour de Russie au sentiment de la justice et de la véritable politique.

La lutte qui se poursuit aux États-Unis est plus sanglante encore, et n’est pas moins douloureuse pour les sentimens et les intérêts de l’Europe ; mais là du moins, entre les deux partis qui combattent, il n’en est point dont on puisse dire qu’il est l’opprimé, et il n’existe pas ces odieuses disproportions de forces qui révoltent les témoins impartiaux. Là, le parti qui est au fond et qui se montrera en définitive le plus faible soutient la mauvaise cause a été l’agresseur, s’est révolté contre la constitution nationale, et d’ailleurs soutient la lutte avec une énergie trop souvent victorieuse. La malheureuse armée du Potomac vient d’éprouver un nouvel échec et d’être repoussée encore une fois au-delà du Rappahanock. Le plan du chef fédéral, le général Hooker, était d’une conception hardie, et tendait à couper les confédérés de Lee de leur base de Richmond et à les envelopper ; mais dans la pratique les diverses attaques exécutées par les fédéraux n’ont point coïncidé et ont abouti à des échecs et à des retraites successives. Cependant ce succès, purement défensif, demeure sans résultat pour les confédérés : leur armée victorieuse n’a pas pu poursuivre l’armée fédérale, et celle-ci a reçu des renforts qui ont immédiatement réparé ses pertes.