Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/747

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


la chambre efface en quelque sorte les vieilles couleurs de partis attachées à la réputation de ces hommes politiques : elle leur donne une signification nouvelle ; elle définit leur mandat, elle le concentre pour ainsi dire sur une question d’avenir, sur la liberté. Maintenant pourquoi les électeurs ont-ils recherché ces noms de préférence, et pourquoi les offres de candidatures se sont-elles multipliées pour plusieurs ? La raison en est simple : elle se trouve et dans la nature du suffrage universel et dans la politique restrictive pratiquée ; parmi nous depuis douze ans. Pour être élu, il faut être connu, et le suffrage universel, en donnant le vote à tous, réclame ces grandes notoriétés qui ne peuvent être ignorées de personne. Le gouvernement doit bien connaître à la pratique cette exigence du suffrage universel, car à l’inconvénient que peuvent avoir nombre de ses candidats d’être inconnus aux populations il supplée en les plaçant sous la recommandation de la plus grande notoriété du pays, celle de l’empereur, et par l’actif patronage des administrations locales. La liberté de la presse, l’usage des droits nécessaires à la vie publique fourniraient aux candidatures libres des moyens de propagande, de communication et de concert qui pourraient satisfaire à ce besoin du suffrage universel ; mais nous le demanderons au gouvernement et à ses organes, est-ce la faute de l’opinion libérale, qui imprime en ce moment une première impulsion à notre vie politique, si ces moyens d’organisation élémentaire lui manquent encore ? Est-ce sa faute si aucune notabilité politique nouvelle n’a pu se produire en France depuis douze ans ? Force était donc aux électeurs, pour s’assurer des seules chances qu’ils eussent d’obtenir la représentation de d’opinion libérale au sein du corps législatif, d’adopter comme moyen de ralliement les seules grandes notoriétés existantes, et de les aller chercher où elles se trouvaient, parmi ces hommes des anciens partis dont le retour semble tant offusquer le pouvoir, Il n’y a eu là nul mot d’ordre, nulle préméditation, nulle de ces combinaisons où les adversaires, s’abusant eux-mêmes, veulent voir des intrigues. Il n’y a eu que la conséquence naturelle et nécessaire d’une situation que nous consentirons à qualifier d’étrange, pourvu que l’on nous accorde qu’elle est en grande partie l’ouvrage même des lois restrictives contre lesquelles l’opinion libérale s’efforce aujourd’hui de réagir par les voies constitutionnelles.

Nous pourrions sans doute aller plus loin dans l’analyse des questions que soulève le présent mouvement électoral ; nous pourrions par exemple examiner les conséquences de la politique que le gouvernement a cru devoir suivre dans les élections. Il y aurait là, en se plaçant au point de vue le plus impartial, le plus positif, le plus dégagé de préventions hostiles, de curieuses observations et de précieux enseignemens à recueillir ; mais, pour aborder cet intéressant sujet d’études, nous préférons attendre que le résultat des élections soit connu. Cependant, dès à présent, nous nous refusons à voir dans les circulaires ministérielles lancées pendant la lutte les