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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/744

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la voit que dans l’abolition des privilèges de classes, n’a été que l’œuvre négative de la révolution ; mais la véritable égalité politique, que la révolution a poursuivie et poursuit encore, ne peut exister sans la liberté. La plus juste et la plus haute ambition de la révolution française a été de faire admettre également tous les citoyens à participer au gouvernement et à l’administration du pays. Or, sans la liberté, cette égalité des citoyens dans la participation aux affaires publiques est mise à néant. La révolution, en brisant le despotisme de l’ancien régime, a entendu bannir du domaine de la politique le vieux dogme de l’infaillibilité du pouvoir absolu inhérent au droit divin, dogme d’où découlent le favoritisme, le privilège et par conséquent l’inégalité ; mais comment la grande égalité, celle qui donne aux citoyens le même droit à participer aux affaires publiques, peut-elle exister tant que les citoyens ne possèdent point les libertés qui sont les garanties, les organes et la consécration de ce droit, tant que l’initiative administrative intervient avec toute sa force dans la direction de la presse, dont elle tient la vie dans ses mains, et dans la conduite des élections ? Jusqu’à ce que tous les citoyens puissent exprimer leurs opinions par la presse, soumis uniquement à la loi, qui ne connaît que des égaux, et non à la juridiction administrative, qui ne peut procéder que par exceptions, actes discrétionnaires et privilèges, qui oserait dire que la grande égalité politique soit réalisée parmi nous ? De même, tant que, toute l’influence et tous les agens de l’administration étant mis au service des candidats patronnés par elle, les candidats indépendans se verront privés des moyens naturels de communiquer avec les électeurs, pourra-t-on dire que la véritable égalité politique existe chez nous dans l’application du droit électoral ? Ce grand desideratum du régime actuel que l’on appelle le couronnement de l’édifice comprend la question d’égalité, qui tient tant au cœur de la France, aussi bien que la question de liberté. Ce qui nous manque à ce double point de vue est même devenu, à vrai dire, pour tous les Français qui se mêlent aux affaires publiques, une question de dignité personnelle et d’honneur civique. Le mouvement électoral auquel nous assistons a démontré que c’est ainsi que la revendication de la liberté est généralement comprise. C’est cette revendication du strict nécessaire et de l’essentiel en matière de liberté qui a fait l’union de toutes les nuances libérales de l’opinion. Ce qui leur manque de liberté leur a fait oublier ce qui sur d’autres points peut les diviser. Les partisans des mesures discrétionnaires et exceptionnelles seraient dupes d’une étrange illusion, s’ils croyaient réellement, comme ils affectent de le dire, que c’est une coalition qui a produit l’entente des partis. Ce sont eux qui font l’union libérale ; ce sont eux qui la maintiendront et qui la fortifieront par les résistances et les ajournemens qu’ils voudront opposer au couronnement de l’édifice.

Ainsi déterminée par un instinct général, la question électorale a été bien simplifiée pour l’opposition. Le grand cri de ralliement n’a plus été