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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/73

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Le rôle actif du soleil apparaît donc dans tout ce qui précède. On peut dire qu’en versant continuellement de la chaleur sur la terre, il y verse du travail. Et la voix populaire est d’accord avec la science en proclamant que cet astre est la source vivifiante de toute transformation matérielle. On a mesuré, sans grande précision bien entendu, la quantité de chaleur que le soleil envoie annuellement à la terre. On peut donc en quelque sorte connaître la quantité de travail qu’il met virtuellement à notre disposition. Si cette détermination n’offre par elle-même aucun intérêt spécial, il n’en reste pas moins certain qu’elle correspond à une notion précieuse : c’est que nous avons ainsi autour de nous une grande somme de travail gratuitement produit dont nous devons être amenés à utiliser une portion de plus en plus grande.

Ce n’est point seulement sur les rapports du soleil avec la terre que la théorie nouvelle fournit d’intéressantes vérités. Elle n’hésite point à se demander comment s’entretient la chaleur du soleil et comment se réparent les pertes qu’il subit sans cesse par le rayonnement. Elle répond que les corps qui viennent tomber à la surface de l’astre lui abandonnent sous forme de chaleur l’énorme quantité de mouvement qu’ils possédaient dans leur gravitation à travers l’espace. Elle admet de plus que ces corps sont pour la plus grande part empruntés à cette agglomération sidérale qui entoure le soleil et qui est connue sous le nom de lumière zodiacale. Dès lors et connaissant par les travaux de sir John Herschel et de M. Pouillet quelle est la quantité de chaleur que perd le soleil, elle calcule quelle est la masse de corps zodiacaux qui doit venir se joindre à cet astre pour lui restituer sa chaleur. On a reconnu que cette masse n’est point assez considérable pour faire varier d’une façon appréciable le volume du soleil. Si notre lune tombait sur le soleil, elle lui communiquerait une quantité de chaleur suffisante pour couvrir les pertes d’une ou deux années ; notre terre, en y tombant, couvrirait les pertes d’un siècle ; cependant les masses de la lune et de la terre disparaîtraient sans donner au soleil un accroissement perceptible. Il n’est point à espérer que les télescopes puissent saisir, et préciser l’accroissement graduel du diamètre solaire. Cette suprême vérification manquera donc à l’ensemble de ces hautes hypothèses astronomiques.


Il faut citer ces spéculations hardies sans y attacher plus d’importance que leur degré de certitude n’en comporte encore, et se hâter de redescendre sur la terre, où la nouvelle thermo-dynamique nous donne et nous promet une assez riche moisson d’utiles enseignemens.