Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/71

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


monde sait que pour se réchauffer on se donne du mouvement. Comment disparaît cette contradiction apparente ? Comment la vérité des théories que nous avons esquissées se concilie-t-elle avec la réalité des phénomènes usuels ? Oui, le travail correspondant au mouvement consomme de la chaleur, mais en même temps il précipite l’action respiratoire jusqu’à l’augmenter quelquefois dans la proportion de 1 à 10. La combustion s’accélère de façon à fournir aux effets qui lui sont demandés, et il n’est pas étonnant que dans cette action régulatrice elle dépasse le but et fournisse un excédant de calorique. On peut remarquer, à ce sujet que cette dépense excédante et pour ainsi dire inutile est d’autant moindre chez les divers sujets qu’ils sont mieux constitués et plus, assouplis au genre de travail qu’ils produisent. L’organisme emploie d’ailleurs plusieurs moyens pour augmenter la combustion d’oxygène à mesure qu’on lui demande du travail ; les inspirations deviennent plus fréquentes, jusqu’à produire parfois l’essoufflement ; l’air est inspiré plus profondément, de telle sorte que l’homme geint quelquefois en le chassant ; enfin, pour une même quantité d’air introduite, une proportion plus grande d’oxygène est dans certains cas retenue par les poumons.

Si nous passons maintenant, du règne animal au règne végétal, une différence essentielle apparaît dans les phénomènes de la vie. On peut dire que la vie végétale est le contraire de la vie animale. Dans celle-ci, on voit l’oxygène absorbé décomposer dans les corps les matières hydrocarbonées et en sortir à l’état d’eau et d’acide carbonique. Le végétal fait l’inverse ; il absorbe de l’eau et de l’acide carbonique et rejette de l’oxygène en retenant les hydrocarbures qui proviennent de cette transformation. Si donc dans l’animal les corps mis en présence se combinent suivant leurs affinités chimiques naturelles, dans le végétal ils forment au contraire des combinaisons diamétralement opposées à celles auxquelles ils sont portés. Le végétal nous apparaît donc comme un milieu où sont constamment séparés des élémens qui ont une tendance à se combiner et dont la combinaison dégagerait de la chaleur comme le fait tout travail dû aux affinités chimiques. Qu’est-ce que cela fait soupçonner ? C’est que, pour triompher sans cesse de cette action spontanée des forces moléculaires, le végétal doit absorber sans cesse de la chaleur. Cette chaleur qu’il absorbe, il la convertit en travail pour lutter contre les affinités chimiques et produire en définitive des résultats qui leur sont contraires, à la différence de l’animal, dans lequel ces affinités chimiques se satisfont et dégagent de la chaleur qui est sans cesse disponible. Aussi, tandis que l’animal conserve en général une température constante et à peu près