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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/674

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MARINA
SOUVENIRS DE LA VIE D'ARTISTE A ROME

En 1845, profitant de nos vingt ans et des vacances que nous accordait l’université, nous partions de Bruxelles, un de mes amis et moi, pour visiter l’Italie en courant. La tête encore pleine des souvenirs de l’antiquité, dont nous avions dû repasser l’histoire pour subir nos examens, nous voulions arriver à Rome brusquement, sans transition, afin de recevoir dans toute sa force l’impression que devaient produire sur nous les monumens du peuple-roi. Nous nous embarquâmes donc à Marseille, et un vetturino de Civita-Vecchia nous déposa sur le pavé de la ville aux sept collines vers les premiers jours, de septembre. Nous avions l’un et l’autre quelques lettres d’introduction. Mon compagnon de voyage, dont le père s’occupait d’entreprises industrielles, était recommandé à un chanoine de Sainte-Marie-de-la-Minerve et à un prélat belge, jouissant tous deux d’un assez grand crédit à la cour de Grégoire XVI, et on espérait obtenir par leur influence la concession d’un chemin de fer à construire dans les états romains. Mes lettres étaient adressées à de moins hauts personnages : elles devaient me mettre en relation avec quelques peintres de notre pays qui achevaient alors leurs études à Rome ; mais je ne réussis pas plus à voir les artistes belges que mon camarade à obtenir sa concession. Il lui fut répondu que jamais, du vivant de Grégoire XVI, on ne verrait ni placer un rail, ni rouler une locomotive dans les états de l’église, attendu que c’étaient là, disait le pape, qui n’avait peut-être pas tort, inventions d’hérétiques destinées à favoriser le progrès des fausses doctrines et de l’incrédulité. Quant à moi, j’appris qu’en septembre le mauvais air régnait encore à Rome, et que mes compatriotes, partis