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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/670

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ont dîné les Médicis, des coupes enrichies de pierres précieuses dans lesquelles la cour de Louis XIV buvait à Versailles. On y remarque des vases mexicains, grecs et étrusques, des porcelaines de la Chine et d’autres curiosités qui contrastent d’une manière instructive avec les articles sortis des fabriques de Messein, de Sèvres, de Berlin, de Vienne et de Worcester. Le progrès dans cette branche d’industrie (n’en a-t-il point été de même dans toutes les autres ?) a surtout consisté à augmenter les moyens de production et à varier la nature des produits pour les mettre ainsi à la portée de tout le monde. Les ouvriers visitent encore avec profit la cour des machines en mouvement, où tournent des milliers de bobines, où rugissent les grands organes de fer animés par la vapeur, où les cardes déchirent sans relâche, avec leurs dents aiguës, la laine ou le coton. Le paysan court vers la salle consacrée aux instrumens d’agriculture. Un intérêt plus général s’attache à la cour des inventions, où toutes les découvertes utiles, tous les rêves de la science appliqués à la mécanique trouvent en quelque sorte droit de cité.

L’établissement de Sydenham se divise donc en deux parties bien distinctes : un temple des arts et un palais de l’industrie. Ces deux parties se tiennent étroitement dans la pensée des fondateurs : si l’homme élève ses idées par la recherche du beau, il s’affranchit de la chaîne des besoins matériels par les conquêtes du travail et par l’aide des machines. Dans l’histoire de la nature, les dernières époques de la terre ont été surtout frappées d’un cachet particulier par l’avènement des espèces utiles d’où l’homme a tiré la souche de nos animaux domestiques. Pourquoi n’en serait-il pas de même à un autre point de vue dans l’histoire de l’humanité ? Pourquoi l’avènement des classes industrielles ne signalerait-il point le grand progrès des temps modernes ? En somme, la division du Palais de Cristal, consacrée à l’industrie, au commerce et aux mécaniques, est visitée avec autant d’amour que la série des monumens, quoique par une autre classe de la population. J’ai vu des ouvriers anglais s’y arrêter des journées entières, au grand déplaisir de leurs femmes, qui auraient bien voulu jeter un regard sur les fontaines jaillissantes, sur les marchandises de fantaisie et sur les délicieuses arabesques de l’Alhambra. Ils formaient d’ailleurs une exception, car en général les travailleurs témoignent un étonnement mêlé d’admiration devant les statues, les restes d’architecture restaurés, les temples, les palais et toute cette grande fantasmagorie de l’histoire qui rappelle, à la vue le caractère des temps effacés et des civilisations mortes.

Le visiteur se trouve maintenant ramené au point de départ, à cette entrée du Cristal Palace qui représente l’homme sauvage et