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force nouvelle et envahissante, l’industrie. Cette force ne s’est point développée avec éclat au moyen âge, comprimée qu’elle était par le régime militaire et sacerdotal. Elle obéit d’ailleurs à de tout autres lois que le sentiment du beau. Après une courte et inévitable période d’enfance, l’art est arrivé chez les Grecs à un degré de perfection qui n’a plus été dépassé. Dans les galeries qui se succèdent au Crystal Palace, et qui représentent des époques, le visiteur a plutôt rencontré des variations de la forme qu’un véritable progrès. Il n’en est plus du tout ainsi de l’industrie : fille de la science, de la nature et de la liberté de penser, elle avance chaque jour avec le domaine des connaissances humaines qui s’étendent. Il eût donc été curieux et instructif de réunir au Palais de Cristal les élémens d’une histoire philosophique du travail. N’y avait-il point lieu de faire pour l’industrie ce qu’on avait déjà pratiqué avec succès pour les beaux-arts ? Eût-il été sans intérêt de voir les classes ouvrières se détacher des races chevaleresques, naître les professions utiles, se succéder les métiers et les inventions ? Quelle nation était mieux préparée que l’Angleterre à reproduire par des traits visibles ce qu’un de ses écrivains appelle la genèse des arts utiles ? Le visiteur du Crystal Palace passe sans transition aucune des monumens de la renaissance en pleine industrie moderne. Il se peut très bien que la renaissance des beaux-arts n’ait point été étrangère au développement des fabriques ; mais encore eût-il été bon d’indiquer les liens qui unissent ces deux ordres de faits. Quoi qu’il en soit, on voit assez distinctement se succéder les trois âges de l’histoire, l’ère sacerdotale, l’ère militaire et l’ère industrielle, qui doit limiter les deux anciennes puissances en élargissant le terrain de la démocratie.

Dans l’ornementation des autres salles (industrial courts), au lieu de donner l’idée d’une époque, on a cherché à spécifier et à illustrer le caractère local des différentes branches du travail manuel. Cette fois donc nous ne voyageons plus dans le temps à la recherche des civilisations éteintes ou des âges évanouis : nous nous promenons dans les grands districts manufacturiers de la géographie moderne. C’est ainsi par exemple que, dans la cour de Birmingham, M. Tite a choisi pour motif de décoration les ouvrages de fer appliqués à l’architecture. Le dessin de la grille ou entourage de fer monumental, avec ses riches feuillages et ses enroulemens, appartient au XVIIe siècle ; mais cet ouvrage signale en même temps une des récentes révolutions qui se sont introduites dans l’art de la métallurgie. Autrefois les ornemens de fer se frappaient au marteau ; aujourd’hui ils se fondent dans un moule. On a reconnu que cette dernière méthode s’adaptait beaucoup mieux que l’autre au climat de l’humide Angleterre : le fer fondu s’oxyde moins vite que