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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/666

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se promène avec ravissement dans une glorieuse époque dont on a réuni autour de lui les éblouissantes richesses, et secoué toutes les branches de l’art pour en faire tomber à ses pieds les plus belles fleurs. Arrêtons-nous seulement à l’Elizabeltan court, qui présente naturellement un caractère plus national et un style d’architecture beaucoup moins connu en France. Cette phase de l’art anglais fut de courte durée : après s’être épanoui dans tout son éclat vers la seconde moitié du XVIe siècle, le style auquel la reine Elisabeth a donné son nom s’évanouit dès le commencement du XVIIe, devant les progrès de l’école italienne en Angleterre. Il en est pourtant qui le regrettent : tout massif qu’il était, il ne manquait point à coup sûr d’une certaine grandeur palatiale, comme disent les Anglais ; il avait surtout le mérite de l’originalité. Avec ses ouvrages de pierre curieusement fouillés à jour par le ciseau, ses masses architecturales qui retiennent encore dans l’ensemble quelques traits du style en vigueur au moyen âge, mais qui s’en éloignent par les détails et les ornemens, rudement imités de l’antique, il convenait très bien, non-seulement au temps qui le vit fleurir, mais encore au pays et aux matériaux que fournit la Grande-Bretagne pour l’art de bâtir. Les châteaux et les manoirs de cette époque, aux briques rouges encadrées de pierre fortement ciselée, aux puissantes fenêtres, aux hautes cheminées monumentales, produisent encore, vus entre les grands arbres, un effet imposant et pittoresque. Les détails d’architecture destinés à illustrer le style du temps d’Elisabeth au Cristal Palace ont été tirés de Holland house, un des plus curieux édifices de Londres. Non contens de professer l’histoire de l’art par les monumens, les metteurs en scène du Palais de Cristal se proposent, on le sait, d’évoquer les époques mortes, et d’envelopper ainsi le spectateur dans les souvenirs et les influences qu’elles réveillent. Quel temps mieux que le siècle d’Elisabeth pouvait parler à l’esprit des Anglais ? N’y retrouvent-ils point les pages les plus romantiques de leurs annales et les beaux noms de leur littérature ? Pour aider à ces hallucinations de la mémoire, on a groupé diverses figures historiques et divers ouvrages d’art, tels que le tombeau de la comtesse de Norfolk et de ses fils, dont l’original se trouve dans la cathédrale de Salisbury, le monument de sir John Cheney, celui de Marie Stuart, enfin le buste de Shakspeare, copié sur son mausolée dans l’église de Strafford-on-Avon.

L’époque de la renaissance est encore chère par d’autres côtés au cœur des Anglais ; ils rattachent, et avec raison, les racines de la réformation religieuse à la révolte des beaux-arts contre l’église, à la découverte de l’imprimerie, à l’étude sincère de la littérature grecque et latine. C’est en fouillant l’antiquité que l’érudition, guidée, il