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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/659

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édifices. Dans l’intérieur de cette cour se trouvent groupées et disposées, selon un certain ordre, des statues de plâtre moulées sur les modèles que possèdent les principaux musées de l’Europe. En sortant de l’agora, on traverse une petite cour latérale, la stoa, où le visiteur se trouve en quelque sorte entre l’art grec et l’art égyptien, le premier représenté par une colonnade d’ordre dorique, et le second par un mur incliné. Il peut ainsi comparer les deux styles, les formes harmonieuses aux figures passives et colossales. Encore un pas, et nous entrons dans un atrium couvert qui était généralement attaché à l’agora. De larges piliers soutiennent un plafond à panneaux qui a été imité du temple d’Apollon à Bassa, en Arcadie. Là s’étend une longue galerie de sculptures célèbres, parmi lesquelles on distingue la frise du Parthénon, que M. Owen Jones a essayé de repeindre, moitié de sentiment, moitié d’après les indications fournies par les restes de l’antiquité grecque. Enfin se montre le Parthénon lui-même, qui a été reconstruit sur les lieux, grâce aux conseils et aux études de M. Penrose, qu’un long séjour dans la ville d’Athènes et de profondes études ont familiarisé avec les secrets de l’architecture grecque. Cette éducation par les monumens s’adresse à un public dont la majorité n’a jamais lu une ligne des poètes grecs : n’est-il point vrai pourtant qu’une histoire de l’art, de la religion et de la société hellénique se dégage jusqu’à un certain point de l’ensemble du spectacle ?

Les figures du culte, ramenées à des proportions plus modérées que celles des mythes égyptiens,— sombres hallucinations de pierre qui obsédaient le cerveau de l’homme, — indiquent assez le déclin de la théocratie. En Grèce, malgré les mystères et les initiations, tout un côté de la religion se découvre ; le ciel se déride, les dieux se montrent augustes et sereins à la lumière de l’Olympe. Ce ne sont plus de simples forces de la nature, ce sont des personnes. Le voile qui cache encore la tête de quelques divinités n’a plus le caractère d’un secret impénétrable ; c’est le péplos, un emblème cosmique, une image du merveilleux tissu qui répand et organise la trame de la vie à la surface de la terre. L’homme, jusque-là passif dans ses rapports avec l’univers, se sépare de l’inertie accablante des élémens, réagit par la pensée sur le monde extérieur, qu’il modifie, et dégage enfin de la nature l’idéal du beau. À la raideur symbolique des formes consacrées par le dogme, aux conceptions religieuses du premier âge qui pétrifiaient sous un moule invariable les attributs de la divinité succèdent peu à peu la souplesse et la liberté de la fantaisie dans les arts. La statuaire se dégage de l’immobilité grandiose de l’architecture ; ces êtres de pierre, fils du cerveau humain, qui osaient à peine essayer, comme l’enfant, un premier pas,