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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/654

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les colonnes court une inscription hiéroglyphique proclamant que « dans la septième année du règne de Victoria, la souveraine des vagues, ce palais a été élevé et illustré de mille statues, comme un livre pour l’usage des hommes et des femmes de toutes les nations. » A la vue de ces ornemens d’architecture, tels, ou à peu près tels, qu’ils auraient pu sortir du ciseau d’un artiste au nez écrasé et aux pommettes saillantes, on est tenté de se croire pour tout de bon en Égypte, au temps des Ptolémées. Je pénétrai donc dans la cour ou le parvis du temple, non sans m’être recommandé à deux globes ailés, symbolique divinité qui protégeait les seuils de porte. C’est là que devait s’assembler la multitude. À ma gauche s’étalait sur la muraille une grande fresque sculptée du temple de Ramsès Mai Amun à Médinet-Habou, près de Thèbes. Des guerriers étaient représentés comptant devant le roi, chef de la dix-neuvième dynastie, debout dans son chariot, entouré de ses serviteurs et de ses porteurs d’éventail, les mains des ennemis massacrés, — il y en avait trois mille, ainsi que me l’apprirent les hiéroglyphes gravés sur la tête des scribes, circonstance qui, comme on pense bien, m’inspira la plus profonde admiration pour ce grand et magnifique souverain. À ma droite était la représentation d’une bataille ou plutôt d’un siège, car les Égyptiens étaient en train d’enlever une forteresse. Me retournant, je me trouvai en face de huit figures gigantesques, droites, enveloppées dans une étroite tunique blanche, et les mains croisées sur la poitrine. Ces statues, aux joues couleur de brique, ouvraient de grands yeux noirs qui semblaient regarder fixement l’éternité. Je passai sous cette morne vision de la gravité farouche et de la force immobile, puis, tournant à gauche, je me trouvai au milieu d’une colonnade fort serrée, d’un effet original et curieux. Chacune de ces colonnes représentait huit tiges et huit boutons de papyrus liés ensemble, qui s’élevaient en forme de gerbe. Enfin j’arrivai devant la tombe découverte à Beni-Assan, creusée dans une chaîne de rochers qui forment une barrière à l’est du Nil et séparent le désert de sable de la fertile vallée du Nil. Ce monument remonte à une époque très ancienne, plus de seize cents ans avant notre ère. Il est facile de s’en apercevoir à la forme nue et sévère des colonnes qui forment un des premiers ordres de l’architecture égyptienne. Pourquoi faut-il que des dispositions commandées sans doute par des causes qu’il est facile de deviner aient altéré le caractère original de ce mausolée, en lui enlevant ses ténèbres et sa solennelle horreur ? Sans trop m’arrêter à ce détail, je continuai mon chemin dans une dernière salle ornée de toute sorte de bas-reliefs, de statues et de peintures, dont l’une représente Ramsès II en train de faucher les têtes de ses ennemis avec l’aide du bon dieu Ammon-Ra.