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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/652

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offert de grandes révolutions à la surface du globe, une série de développemens se produisant avec ordre dans l’échelle de la vie, en un mot le progrès dans l’organisation de la matière. Ne sommes-nous point ainsi préparés à mieux saisir les lois de l’histoire ? C’est par une série de changemens que les races primitives se sont avancées de la barbarie vers la civilisation ; la vie sociale a eu, comme la nature, ses formations successives, les âges de l’humanité, ainsi que les âges de la terre, ont laissé derrière eux des couches où gisent ensevelies les curieuses dépouilles du passé. Chaque série de la civilisation a un type aussi bien que chaque série animale ; on a voulu saisir et ressusciter ce type, le présenter aux yeux dans les monumens qui le caractérisent, retracer d’étape en étape la marche du progrès telle qu’on la trouve imprimée sur l’architecture et dans les arts des nations éteintes. Pour l’histoire comme pour la science, tout ce qui vit a ses racines dans tout ce qui a vécu. Avoir été successivement l’homme des différentes époques et des civilisations disparues, avoir vu naître les premières sociétés, avoir assisté aux mystères de l’ancienne Égypte, avoir vu luire le siècle de Périclès et l’antiquité s’évanouir pour faire place aux nations modernes, qui de nous n’a fait ce rêve ? Eh bien ! c’est ce rêve qu’on a cherché à incarner en quelque sorte dans un vaste ensemble de monumens et de statues. Le visiteur revit jusqu’à un certain point dans l’humanité par la faculté qu’il a de voyager en quelques heures à travers les temps, les âges et les formes renouvelées des sociétés qui se succèdent et se continuent. De là une nouvelle méthode d’éducation qui consiste à conduire l’esprit par ce qu’on a appelé les milieux ambians de l’histoire universelle.

À l’horizon ou, comme dit Macaulay, au crépuscule de l’antiquité nous apparaît le sombre et gigantesque fantôme de l’Inde. Et pourtant l’Inde, surtout l’Inde ancienne, se trouve très pauvrement représentée au Crystal Palace. On s’explique d’autant moins aisément une telle lacune que les Anglais ont plus de moyens pour étudier cette contrée obscure et féconde en surprises. Les artistes auraient trouvé dans l’Indian Museum et dans une excellente collection de photographies des anciens temples les élémens nécessaires pour reconstruire un style d’architecture évanouie. Au Musée indien surtout ils auraient pu copier, en les groupant et en les rattachant à un système, les figures étranges des dieux hindous, des incarnations et des monstrueux avatars, — fausses couches, comme on l’a dit, du sentiment religieux égaré dans la nature. Heureusement, si l’Inde antique a été négligée, il n’en est pas du tout de même de l’Égypte. Cette vieille civilisation nous apparaît sortant de son linceul et comme rajeunie par des procédés ingénieux de restauration qui animent