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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/647

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sur la corde raide ? Sans prétendre nier qu’un célèbre acrobate français n’ait été pour le Palais de Cristal une source d’argent grâce à ses exhibitions périlleuses, on peut se demander si, en s’en gageant dans cette voie, l’administration est restée strictement fidèle à son principe. Une certaine réaction semble même se former au sein du public contre les scènes et les parades où la curiosité seule est en jeu : j’ai entendu des femmes anglaises les condamner avec beaucoup de bon sens, mais aussi, je l’avoue, avec un peu trop d’affectation. N’y aurait-il point un moyen plus simple et plus efficace de témoigner leur dégoût pour ce genre de spectacles ? Ce serait de ne point y assister. Somme toute, il y a des jours où le palais de Sydenham dévie un peu de sa destination ; ce qui devrait être une école est trop un jardin de plaisir, une salle de concerts, une exposition toujours croissante de marchandises ; le bazar dévore le musée.

Je crois que les directeurs ont tort. Tout en tenant compte de certaines difficultés, il me semble qu’il y aurait les élémens d’un succès dans la partie sérieuse du Crystal Palace, si l’on se donnait la peine de l’étendre et de la compléter. Le goût du public finirait par s’attacher à un palais d’éducation ; mais il faudrait pour cela que l’administration elle-même eût le courage de persévérer dans la voie qu’elle avait ouverte. Si j’avais besoin d’être confirmé dans cette manière de voir, un fait me donnerait raison. La preuve que le champ de la science, mise à la portée de tous par un enseignement à la fois grave et amusant, n’est ni épuisé ni infertile, c’est qu’on s’occupe en ce moment même de construire un autre établissement du même genre, le Palais du Peuple, People’s Palace. Cette concurrence au Palais de Cristal doit s’élever à Muswell-Hill, sur le parcours du chemin de fer du Nord, Northern railway, dont le débarcadère est à King’s-Cross. Divers obstacles ont dans ces derniers temps contrarié l’exécution du projet ; mais les plans sont tout tracés, et M. Owen Jones, qui a été si utile à l’institution de Sydenham, a été chargé de diriger les travaux du nouveau château de verre. Il y avait à Londres un établissement qui, sans rentrer absolument dans le même système, s’en rapprochait à quelques égards : c’était le Panopticon. II avait été construit dans Leicester-square d’après un style que les Anglais qualifient de mauresque. On y trouve en effet quelques imitations de minarets, d’arcades en fer à cheval, quelques frêles colonnettes qui font penser aux palais des sylphides. M. Clarke, en fondant cette institution, se proposait