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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/645

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le palais de Sydenham comme un établissement unique dont nous voudrions voir l’idée s’étendre et se reproduire ailleurs. Et quel pays plus que la France aurait le droit et peut-être le devoir de la mettre à exécution ? On a beaucoup parlé chez nous de l’instruction du peuple ; on a très peu fait pour elle. Les Anglais sont plus pratiques ; ils ont bâti en quelque sorte un cours d’enseignement qui s’adresse à toutes les intelligences par l’attrait de la curiosité. La légère contribution d’un shilling n’a nullement empêché les classes ouvrières d’accourir en foule au palais de Sydenham, et je ne veux point croire que cette série de formes et d’impressions qui s’imposent à la mémoire ait glissé sur elles sans laisser de traces. Des connaissances enveloppées dans un spectacle et dans des sensations deviennent ainsi plus accessibles à la multitude ; on a pu en juger par l’étonnement et l’enthousiasme naïf qu’exprimaient les classes populaires à la vue des figures étranges représentant les civilisations évanouies. Le Palais de Cristal est le rendez-vous favori de certaines confréries ouvrières ; là se célèbre la fête annuelle des foresters, une société de compagnonnage très nombreuse en Angleterre. Ce jour-là, soixante-dix mille visiteurs inondent les jardins et les galeries, où les foresters se distinguent par des signes symboliques et par un costume théâtral qu’on suppose avoir quelque ressemblance avec celui du fameux Robin Hood. Des chefs d’institutions établies à Sydenham et dans les environs conduisent de temps en temps leurs élèves dans ce temple des arts, de l’industrie et du progrès. Apprendre par les yeux, acquérir certaines notions générales du beau et de l’utile dans l’ordre où les faits qu’elles représentent se sont développés à travers les âges, revivre dans les époques mortes et dans l’humanité même en renouant la chaîne des temps et des traditions par des signes visibles, quelle méthode d’éducation pourrait être mieux appropriée à la jeunesse ?

Des cours publics, — à de trop rares intervalles, il est vrai, — sont professés dans l’établissement sur les diverses branches de la science et de l’histoire, car les monumens, si frappans qu’ils soient, ne parlent point toujours suffisamment par eux-mêmes. C’est ainsi qu’en 1855 j’assistai à une série de leçons intéressantes dans lesquelles M. Waterhouse Hawkins cherchait à reconstituer, d’après les indications des restes fossiles, la physionomie des anciennes époques et des anciens habitans de la terre. Pourquoi suis-je néanmoins contraint d’ajouter que, malgré de très honorables efforts et malgré une collection dont on chercherait en vain l’équivalent dans toute l’Europe, du moins au point de vue qui nous occupe, le département de l’instruction, sous la forme de cours, est resté jusqu’ici dans le Crystal Palace à l’état d’enfance ?