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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/644

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en Angleterre, fut fondé par une compagnie. Cette compagnie de directeurs lança un prospectus annonçant qu’elle se proposait de lever un capital de 500,000 livres sterling, et d’émettre à cet effet cent mille actions de 5 livres chacune. Quinze jours après, l’argent était trouvé. Les fondateurs avaient résolu d’élever un palais à une idée. Quelle était cette idée ? Instruire les masses tout en les amusant. Pour mettre ce plan à exécution, la compagnie offrit à sir Joseph Paxton, l’architecte du palais de cristal dans Hyde-Park, la charge de directeur du jardin d’hiver, du parc et des serres. Son devoir était de placer le visiteur au milieu des arbres, des fleurs et des plantes de toutes les contrées, et d’attirer ainsi la multitude vers l’étude des sciences naturelles, en lui montrant par des exemples l’influence des climats sur la végétation. MM. Owen Jones et Digby Wyat, qui s’étaient distingués par leurs travaux dans l’exposition de 1851, furent nommés directeurs du département des beaux-arts. Leur mission consistait à décorer le nouveau palais et à réunir les chefs-d’œuvre de tous les temps, de toutes les civilisations et de toutes les écoles, de manière à former un cours d’enseignement qui pénétrât en quelque sorte par les yeux dans l’âme du peuple. Ils furent envoyés à cet effet sur le continent, où ils trouvèrent généralement un accueil favorable, excepté pourtant à Rome, à Padoue et à Vienne ; dans ces dernières villes, la jalousie étroite du gouvernement papal et les vues ombrageuses du gouvernement autrichien les empêchèrent de calquer certains monumens célèbres. Les départemens de la géologie, de l’ethnologie et de la zoologie furent confiés aux professeurs Edward Forbes et Ansted, au docteur Latham, à MM. Waterhouse, Gould, et à d’autres personnes bien connues dans le monde savant. Il ne s’agissait plus cette fois de former un simple musée d’histoire naturelle : la science devait parler aux regards et à l’imagination. C’est ainsi qu’au risque d’imposer certains sacrifices à l’authenticité des faits, M. Waterhouse Hawkins, sous les yeux du professeur Owen, entreprit de redonner une forme aux animaux disparus de l’ancien monde, au lieu d’exposer seulement des débris fossiles. Le travail étant ainsi divisé, et les architectes, MM. Fox et Henderson, ayant terminé la reconstruction du nouvel édifice de verre avec les matériaux de l’ancien, le Crystal Palace de Sydenham fut enfin ouvert le 10 juin 1854.

Depuis lors a-t-il atteint le but pour lequel il avait été construit ? A-t-il été, comme le voulait le programme même de la compagnie, un palais d’éducation pour le peuple ? Certes il y a beaucoup à apprendre dans cette riche collection de curiosités et d’objets d’art, dans cette histoire de la nature et du genre humain racontée par des monumens. C’est même à ce point de vue que nous signalons