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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/529

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sont Lithuaniens ; les Czartoryski, les Wisnowieçki, les Ostrogski, les Potoçki, les Zolkiewski, les Sobieski, sont des familles de boyards ruthéniens, la plupart descendans de Rurik ou de Gedimin. L’on peut voir maintenant combien nous avons eu saison d’employer le nom de Ruthéniens au début même de cette étude. Si nous nous servions du mot Russes avec le sens que les écrivains comme le prince Troubetzkoï et M. Porochine y attachent, nous serions obligé de dire ici que Sobieski est un Russe, que Kosciusko est un Russe. Il y a dans le monde quelques savans qui comprendraient que cette appellation n’est pas synonyme de Moscovite, mais ce serait un contre-sens en français : nous continuerons donc à dire les Ruthéniens, et ce sera maintenant en parfaite connaissance de cause.

Ajoutons que les anciennes provinces ont toujours marché de concert avec la Pologne depuis le démembrement comme auparavant. C’est dans la Ruthénie qu’éclata la confédération de Bar, à qui la France envoya le général Dumouriez. En 1812, un rapport de la diète du duché de Varsovie s’exprimait ainsi : « Ces frontières tracées d’une main spoliatrice, ces barrières élevées par la défiance, ces gardes dont elle a hérissé toutes ces avenues, toutes ces marques enfin des noirs pressentimens qui accompagnent l’usurpation, n’ont pu altérer cette communauté d’origine, ni rompre les liens du sang, qui établissent entre un peuple de frères un amour et une confiance réciproques. Oui, malgré une trop longue séparation, ils sont restés nos frères, les habitans de la Lithuanie, de la Ruthénie-Blanche, de l’Ukraine, de la Podolie, de la Volhynie ; ils sont Polonais comme nous, et ils ont, comme nous, le droit de l’être. La patrie, comme une tendre mère, tient toujours ses bras ouverts à tous ses enfans, et chaque membre a toujours le droit de se rattacher à la famille dont il fut arraché. » À la suite de cet appel, il se forme un acte général de confédération pour toute la Pologne. Les Lithuaniens s’étaient réunis à Wilna le 14 juillet, et un discours prononcé à cette occasion par Joseph Sierakowski débutait en ces termes : « Le sang lithuanien qui, depuis quatre siècles, coule dans nos veines uni au sang polonais, des alternatives toujours communes de gloire, de prospérités, de catastrophes, forment entre la Lithuanie et la Pologne des liens plus étroits et plus sacrés que ceux des fédérations ordinaires. Ces liens si intimes sont devenus pour ainsi dire nécessaires à notre existence. Aussi avons-nous vu, dans toutes les vicissitude du sort commun de notre patrie, des rives de l’Oder jusqu’au-delà du Dnieper, depuis le Dniester jusqu’au-delà de la Dwina, les cris du désespoir frapper à la fois toutes les oreilles, et la voix de l’espérance pénétrer en même temps dans tous les cœurs et ranimer tous les courages. Et à quelle époque cette unanimité de sentimens fut-elle plus