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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/524

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trouvent actuellement établies, un système d’administration dont les formes soient à la fois conciliantes et en rapport avec le génie de ce peuple. » Les plénipotentiaires russes adhèrent à cette note anglaise le 19 janvier 1815. Pour voir clairement que le congrès de Vienne a entendu appliquer aux anciennes provinces le bénéfice des dispositions prises par l’Europe, il est indispensable de se référer aux traités particuliers dont l’acte général reproduit presque les termes. Si l’on s’en rapporte au préambule du traité austro-russe du 3 mai 1815, l’empereur de Russie, l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse ont « également à cœur de s’entendre amicalement sur les mesures les plus propres à consolider le bien-être des Polonais dans les nouveaux rapports où ils se trouvent placés par les changemens amenés dans le sort du duché de Varsovie, et veulent en en même temps étendre les effets de ces dispositions bienveillantes aux provinces et districts qui composaient l’ancien royaume de Pologne, moyennant des arrangement libéraux autant que les circonstances l’ont rendu possible, et par le développement des rapports les plus avantageux au commerce réciproque des habitans. » Ce préambule et les articles des deux traités séparés sont le commentaire obligé des articles 1er et 14 de l’acte général de Vienne. Après avoir établi que le duché de Varsovie sera lié à l’empire de Russie par sa constitution, l’article 1er de l’acte général ajoute :


« Sa majesté impériale se réserve de donner à cet état, jouissant d’une administration distincte, l’extension intérieure qu’elle jugera convenable.

« Les Polonais sujets respectifs de la Russie, de l’Autriche et de la Prusse obtiendront une représentation et des institutions nationales, réglées d’après le mode d’existence politique que chacun des gouvernemens auxquels ils appartiennent jugera utile et convenable de leur accorder. »


Ainsi le congrès de Vienne divise les territoires de l’ancienne Pologne en deux catégories : 1° le duché de Varsovie, qui sera un état jouissant d’une administration distincte ; 2° les anciennes provinces acquises par la Russie de 1772 à 1795, plus le duché de Posen et la Galicie, qui ne formeront pas des états séparés, mais qui auront des représentations et des institutions nationales.

L’empereur de Russie s’était réservé d’étendre aux anciennes provinces la situation spéciale du duché de Varsovie. Ce n’était pas là une phrase vide de sens. On a vu que l’Angleterre s’était faite l’interprète, à ce sujet, des alarmes de la Prusse et de l’Autriche. Qu’Alexandre ait eu ou non sérieusement cette intention, il ne pouvait la mettre en avant qu’après s’y être fait autoriser par l’Europe. Il ne l’a pas réalisée, il est vrai, mais il en a beaucoup parlé. En ouvrant la première diète de Varsovie, le 27 mars 1818, Alexandre ier