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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/516

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joint et réuni nos maisons, nos généalogies, nos races, nos armoiries, nos bijoux héraldiques, avec les nobles et boyards de la terre de Lithuanie, et, par la teneur des présentes lettres, nous les confondons, nous les unissons et les confirmons, pour reposer ensemble sous les ailes de la charité : ut sub umbra alarum caritatis quiescamus !  » Enfin en 1569 les ordres des deux pays, réunis à Lublin, signèrent l’acte d’une union complète. La Pologne et le grand-duché de Lithuanie ne formèrent dès lors qu’un seul état sous le gouvernement d’un même roi, élu en Pologne par les suffrages communs des Polonais et des Lithuaniens, couronné et sacré à Cracovie, sans aucun signe annonçant la qualité distincte de grand-duc. Il n’y eut plus qu’une diète commune à Varsovie. Cet état de choses durait encore au moment du partage de la Pologne.

Sous le nom de Lithuaniens, l’on doit entendre aussi les Ruthéniens faisant partie du grand-duché, et l’on ne peut pas dire que les Lithuaniens aient entraîné de force dans cette union les Ruthéniens. L’on sait déjà que les Lithuaniens s’étaient en grande partie ruthénisés eux-mêmes. En second lieu, il est avéré que c’est par des boyards ruthéniens, notamment les Ostrogski et les Czartoryski, que toute cette affaire d’union fut conduite. Ce ne fut pas du reste le seul exemple d’agrégation opérée par l’attrait qu’inspirait la Pologne en raison de la douceur de son gouvernement et de la liberté qui y régnait. Nous avons déjà vu qu’en 1340 la Ruthénie-Rouge s’était adjointe librement à la Pologne. En 1454, la Prusse s’était unie dans les mêmes conditions, et ce fut bientôt le tour de la Livonie, qui, pour échapper au joug d’Ivan le Terrible, se donna à la Pologne en 1561. Cela nous amène naturellement à parler des conquêtes de la Moscovie, et à les comparer aux pacifiques extensions de la Pologne.

Il faut considérer comme un événement des plus décisifs, au point de vue dont on s’occupe ici, le refus des Moscovites d’adhérer à l’union des deux églises proclamée en 1439 au concile de Florence, qui est considéré en Occident comme le huitième œcuménique. Tout le monde sait qu’à l’appel du pape Eugène IV l’empereur grec Jean Paléologue s’était rendu en Italie, accompagné du patriarche de Constantinople nommé Joseph, des délégués des autres patriarches et d’un grand nombre de prélats. Isidore, métropolitain de Kiev, y vint accompagné de deux cents nobles ruthéniens, et prit la part la plus active aux délibérations qui eurent pour résultat la proclamation de l’union de l’église grecque avec l’église latine.

L’union fut généralement acceptée dans la Ruthénie, où neuf évêchés adhérèrent à l’acte de Florence, et elle y fut renouvelée solennellement en 1595. Cependant Isidore, à son retour du concile,