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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/51

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passée des molécules du corps à la masse de ce corps ou d’un corps différent.

Pour concevoir comment les derniers atomes d’un corps peuvent être animés d’une vitesse considérable qui n’est pas apparente, mais qui peut à un moment donné, se convertir en effets d’un autre ordre, veut-on un exemple grossier ? On voit quelquefois un boulet de canon s’avancer lentement sur le sol ; il paraît presque mort, et on croirait que le moindre effort va suffire pour l’arrêter ; mais-en réalité le boulet tourne sur lui-même avec une vitesse énorme. Qu’on vienne à mettre le pied sur lui et à en dénaturer le mouvement en en fixant ainsi un point, le boulet blesse ou tue l’imprudent qui l’a touché.

Nous pouvons dire maintenant, pour résumer notre hypothèse, que tout corps, à un moment donné, possède une certaine vertu intérieure, qui peut se manifester soit sous forme de chaleur, soit sous forme de travail. Il est à cet égard, un terme, celui de force vive, que le langage usuel a souvent emprunté à la science, en le détournant, il est vrai, de son acception rigoureuse. On nous permettra de suivre cet errement. Nous dirons ainsi que la force vive qu’un corps possède à un instant donné peut, suivant des circonstances, se révéler sous deux aspects, force vive calorifique, force vive mécanique, de telle sorte que les deux manifestations soient complémentaires et reproduisent le total de la force vive qui était renfermée dans le corps.

Avant d’en finir avec cet aperçu théorique, examinons, à l’aide des lumières qu’il nous donne, le jeu de la machine à vapeur dont nous avons déjà parlé plus haut. Nous supposons, avons-nous dit, la machine en pleine marche, ayant pris son mouvement uniforme. Qu’on veuille bien considérer, comme précédemment, l’intervalle de temps qui sépare deux momens où le piston occupe exactement la même position. À la fin de cette période, toutes les parties de la machine possèdent la même quantité de force vive qu’au commencement, car leur masse d’une part est invariable, et d’autre part elles ont la même chaleur et la même vitesse, puisque nous supposons le jeu régulier. Dans cet intervalle, cependant un travail extérieur a été produit, un poids a été élevé ou toute autre résistance a été vaincue, et ce travail n’a pu se produire qu’aux dépens d’une partie de la force vive qui était dans la machine ; mais puisque nous venons de voir que cette machine en possède encore la même quantité, c’est donc qu’en même temps qu’elle en perdait d’une part elle en gagnait de l’autre une quantité égale. En même temps qu’elle en dépensait sur, l’arbre moteur (nous laissons de côté le travail que la machine produit sans qu’il soit recueilli utilement), elle en empruntait autant au foyer de la chaudière. Cette machine nous apparaît