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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/503

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Lithuanie et de la Ruthénie dont la traduction française n’a été publiée qu’en 1861. M. Duchinski s’est appliqué en même temps à approfondir la question de l’origine des Grands-Russes. La plupart de ses recherches seraient sans profit pour les personnes qui ne comprennent pas le polonais, si M. Viquesnel n’avait eu l’heureuse inspiration de les condenser, avec le concours de l’auteur, dans un appendice spécial de son ouvrage sur la Turquie d’Europe. Il est à regretter seulement que des circonstances indépendantes de la volonté de l’écrivain soient venues interrompre la publication de cet appendice, la partie certainement la plus intéressante du vaste travail entrepris par M. Viquesnel. Un petit écrit, intitulé Pologne et Ruthénie, dont l’auteur ne s’est pas fait connaître, résume avec clarté et intérêt le point de vue polonais sur la question. Du côté des Russes, les autorités principales sont l’historien Karamsine, M. Soloviev, M. Pogodine. La discussion est entrée dans la polémique du jour par les publications toutes récentes intitulées la Russie-Rouge et une Nationalité contestée[1], comme par un grand nombre d’articles insérés dans les recueils littéraires russes. On le voit, les sources ne manquent pas ni en Russie, ni en Pologne. Il y a là tout un ensemble de travaux intellectuels d’une portée réelle et d’un intérêt incontestable.

Avant de montrer où en est le débat en essayant de le ramener à ses véritables termes, il importe de bien fixer le sens des appellations géographiques dont nous aurons à nous servir, car les confusions de mots jouent un grand rôle dans cette question. Il faut donc bien établir que le nom de Ruthénie désignera dans cette étude la partie du pays contesté qui se trouve dans les vallées du Dnieper, du Dniester et de leurs affluens, tandis que le nom de Moscovie s’appliquera aux pays arrosés par le Volga et ses affluens. On n’a nullement l’intention de trancher témérairement par ces appellations les problèmes ethnographiques et politiques qui s’y rattachent ; on se sert de ces mots comme d’expressions géographiques destinées à faire comprendre de quels pays l’on veut parler.


I

La question de droit débattue parmi les publicistes et les historiens slaves relativement aux anciennes provinces polonaises nous ramène aux origines mêmes de la Pologne et de la Russie. Écoutons d’abord le vieux chroniqueur de Kiev, Nestor, le patriarche des historiens slaves. « Les Voloques (Gaulois ou Valaques) attaquèrent les

  1. La Russie-Rouge, par le prince Troubetzkoï, Paris 1860 ; une Nationalité contestée, par M. V. Porochine, Paris 1862.