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le travail accompli qu’on lui montre en échange des calories qui ont disparu ! Mais quel est le secret de cette étonnante substitution ? — A vrai dire, on n’a dans aucun cas surpris ce secret sur le vif ; mais la théorie en donne une explication plausible.

C’est ainsi qu’on a toujours vu la physique placer des hypothèses sur les phénomènes qu’elle étudiait. On conçoit d’ailleurs qu’une explication, fût-elle mauvaise, n’infirme en rien ce qui a été observé. Le danger commencerait seulement du jour où l’on voudrait dénaturer les observations et plier les faits pour les amener de force dans les données d’une hypothèse. Pourvu que l’on se garde de ce péril, l’hypothèse est utile par les vérifications qu’elle suggère, par les aperçus qu’elle ouvre.

Avant donc d’aller plus loin, avant d’entrer dans la série des faits qui mettront tout à l’heure la notion de l’équivalence dans une complète lumière, nous nous arrêterons encore un instant pour esquisser l’hypothèse qui a été faite à ce sujet, et qui réunit aujourd’hui les suffrages les plus éminens ; mais il est nécessaire qu’on n’oublie pas, quelle que soit l’opinion qu’on s’en forme, que les faits fondamentaux auxquels elle s’applique demeurent hors de doute. Que cet aperçu théorique obtienne ou non l’assentiment du lecteur, nous n’en serons pas moins en droit, après l’avoir indiqué, de reprendre sur le terrain des faits la suite de notre exposé.

Et d’abord les travaux publiés pendant ces vingt dernières années sur la chaleur démontrent qu’elle est un mouvement vibratoire. Melloni, dans un mémoire lu à l’académie de Naples le 2 février 1842 et inséré la même année dans la Bibliothèque universelle de Genève, avait longuement comparé les phénomènes de la chaleur rayonnante et les phénomènes lumineux. De cette étude, il avait conclu que, quand un corps porté à une certaine température est placé au milieu de corps qui ont une température plus basse, un mouvement vibratoire se propage dans le milieu ambiant. Qu’est-ce qui vibre ? Sont-ce les molécules matérielles et ordinaires des corps interposés ? Est-ce au contraire un éther jusqu’ici insaisissable à toutes nos recherches, et qui remplirait les interstices de ces molécules ? C’est ce que Melloni ne pouvait dire ; mais il affirmait la vibration. Il cherchait d’ailleurs une preuve expérimentale en essayant de produire directement des interférences de rayons calorifiques comme on produisait déjà des interférences de rayons lumineux. Il n’obtint pas lui-même cette sanction de son hypothèse ; mais cinq années plus tard MM. Fizeau et Foucault montrèrent que l’on peut, en ajoutant de la chaleur à de la chaleur, produire du froid, tout comme en ajoutant de la lumière à de la lumière on produit de l’obscurité. L’hypothèse de Melloni était ainsi démontrée par les faits.