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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/470

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les faire disparaître, ne cherchent à pénétrer au cœur de nos institutions que pour en vicier le principe, et n’invoquent la liberté que pour la tourner contre l’état. Le ministre proclame que le suffrage est libre, bien que les grandes libertés qui devraient logiquement être l’accompagnement et la garantie de la liberté du suffrage nous soient encore refusées sous prétexte qu’elles pourraient être tournées contre l’état, et, de peur que la bonne foi des populations ne puisse être trompée par des habiletés de langage ou des professions de foi équivoques, il veut que « les préfets désignent hautement, comme dans les élections précédentes, les candidats qui inspirent le plus de confiance au gouvernement. » Le ministre établit une distinction significative, quant aux membres sortans du corps législatif, entre ceux que le gouvernement recommande de nouveau au choix des électeurs et ceux auxquels il retire son appui. S’il a cru devoir refuser ce témoignage à ces derniers, « ce n’est pas pour de simples dissidences d’opinion, car il s’est fait une loi de respecter profondément l’indépendance des députés ; mais il ne peut appuyer devant les électeurs que des hommes dévoués sans réserve et sans arrière-pensée à la dynastie impériale et à nos institutions. » Enfin les élections du 31 mai doivent être une nouvelle acclamation. « Les populations du 10 et du 20 décembre ne laisseront pas affaiblir dans leurs mains l’œuvre dont elles sont fières. Électrisées par leur patriotisme, elles se porteront en masse au scrutin, et voudront donner une nouvelle et éclatante adhésion à l’empire glorieux qu’elles ont fondé.

Si cette circulaire ne nous touchait pas directement, si elle émanait d’un gouvernement étranger parlant à une autre nation que la France, si nous avions à l’étudier avec un entier dégagement d’esprit, sans avoir à opposer nos principes à ses principes, nos aspirations à ses idées, si nous n’y cherchions que des indices sur la politique d’un grand gouvernement et d’un grand pays qui ne seraient point les nôtres, nous avouons que les tendances exprimées dans ce document feraient naître dans notre esprit la perplexité et la surprise. Notre premier sujet d’étonnement serait la modestie de l’homme d’état qui aurait publié ce manifeste. Ce ministre, dirions-nous, énumère sans doute avec juste raison les grands actes de son gouvernement, ses titres à la reconnaissance de son pays, les élémens de sa puissance morale et de sa force matérielle : comment ne s’aperçoit-il pas que l’existence d’une opposition constitutionnelle et légale est le signe le plus certain de la force et de la solidité d’un gouvernement ? Il allègue les factions ; mais comment les factions peuvent-elles subsister devant l’unanimité d’un peuple libre et confiant ? S’il y a des factions, le plus court et le plus efficace moyen de les réduire au sentiment et à l’évidence publique de leur faiblesse et de leur néant n’est-il point de les mettre en demeure et au défi de se produire par les voies légales en face de l’écrasante unanimité de la nation ? N’est-ce point au contraire les aider à prolonger leur existence que de paraître les redouter, et de les laisser s’échapper