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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/457

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les partisans des Médicis. Ce fut l’avantage des vainqueurs aussi bien que des vaincus. Véritablement les œuvres de cet homme furent excellentes. »

Ce n’était pas assez de guérir les plaies du passé : Savonarole ; voulait en même temps préparer l’avenir, et il donnait de nouvelles lois constitutives à Florence. Voici comment son action pouvait s’exercer : chaque mesure était par lui proposée en chaire dans un sermon ; aussitôt l’esprit public s’en emparait, les réunions de magistrats et de membres de la seigneurie dites pratiche la discutaient dans les termes mêmes que le prédicateur avait posés ; l’adoption suivait presque toujours, sans aucun amendement. — La loi principale, base de tout l’édifice, fut l’institution du grand conseil. Le problème que Savonarole se proposait de résoudre était celui-ci : la tyrannie une fois détruite, il fallait sauvegarder la liberté en prévenant à la fois les abus de l’aristocratie et ceux de la démocratie. Il voulait mettre le gouvernement entre les mains du peuple, représenté par des délégués en nombre limité. La nouvelle institution du grand conseil répondit habilement à ces nécessités. En possession de nommer à toutes les principales magistratures et de voter toutes les lois, ce conseil souverain comprenait indistinctement tous les citoyens benefiziati âgés de plus de vingt-neuf ans. Cette première classe de citoyens était déjà désignée par l’ancienne constitution florentine pour les soins du gouvernement. Il fallait, pour en faire partie, avoir occupé soi-même ou bien avoir eu un père, un aïeul, un bisaïeul ayant occupé une des trois charges dites majeures. Au dessous de cette première classe venait celle des citoyens dits statuali, comprenant ceux qui occupaient actuellement quelque charge, majeure ou mineure. La troisième et dernière classe était celle des citoyens dits simplement aggravezzati, c’est-à-dire que rien ne distinguait en dehors de la condition, commune d’ailleurs à tous, du paiement de l’impôt. Ces derniers jouissaient du privilège de porter les armes, refusé aux artisans et à la plèbe, qui ne conservaient aucun droit politique, pas plus que les habitans du domaine, c’est-à-dire de tout le territoire de la république en dehors de la cité. Le cadastre démontra que Florence contenait environ quatre-vingt dix mille âmes, et seulement trois mille deux cents benefiziati ayant passé vingt-neuf ans. C’était à ceux-là qu’était réservé, avons-nous dit, le privilège de former le grand conseil ; mais ce nombre de trois mille deux cents paraissait trop élevé à Savonarole pour la composition d’une seule assemblée, car il redoutait l’anarchie dans les délibérations. Il fit donc décider que ce nombre serait divisé en trois parties, et l’on eut trois assemblées d’un peu plus de mille membres, dont chacune dut siéger alternativement pendant six mois. Indépendamment de cette première garantie contre le