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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/45

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alternatif du piston, toutes les pièces de la machine se retrouvent comme elles étaient avant cette période ; elles sont identiquement dans le même état ; elles possèdent la même vitesse, la même capacité de mouvement. Quant à l’eau, si on la suit du condenseur à la chaudière, de la chaudière au corps de pompe, du corps de pompe au condenseur, on voit qu’elle se retrouve tout entière, car les quantités qui peuvent s’en perdre dans la pratique sont négligeables dans notre raisonnement théorique. Aux dépens de quoi s’est donc produit le travail ? Qu’est-ce qui s’est consommé ? Ce n’est pas dans l’usure de la machine, ce n’est pas dans la vapeur qui peut éventuellement disparaître du système que nous trouverons une raison suffisante de ce travail, car ce sont là des accidens légers qui ne sont point en proportion convenable avec le résultat constaté. Encore une fois d’où vient ce résultat ? Ici notre pensée se reporte naturellement au foyer, au charbon qui brûle et qui communique de la chaleur à l’eau pour la transformer en vapeur. Cette vapeur, après avoir agi sur le piston, retourne dans le condenseur et y abandonne de la chaleur en revenant à l’état liquide. Chaleur communiquée à la vapeur, chaleur restituée par la vapeur, ces deux quantités sont-elles égales ?

Si elles le sont, nous demeurons en face d’un phénomène inexplicable. Notre machine fait sortir du travail de rien. La quantité de chaleur que le foyer a communiquée à la vapeur au commencement d’une période se retrouve à la fin dans le condenseur tout entière et toute prête à être de nouveau utilisée. Quant à la quantité de chaleur que le foyer a perdue par d’autres motifs, il est clair que nous n’avons pas à en tenir compte et qu’elle n’a pas contribué au travail. Voilà donc une création de travail sans dépense, un effet sans cause !

Si au contraire la vapeur, après avoir travaillé, apporte au condenseur moins de chaleur qu’elle n’en a reçu de la chaudière, tout s’explique, et le travail produit par la machine devient évidemment pour nous l’équivalent de la chaleur qui a disparu.

On voit donc que nous nous trouvons en face d’un phénomène fondamental, d’une expérience décisive à faire. Hâtons-nous de dire qu’elle a été faite, et qu’elle a pleinement confirmé la seconde de nos deux hypothèses, la disparition d’une certaine quantité de chaleur qui se transforme en travail. Hâtons-nous de poser cette conclusion à ce premier exposé de la nouvelle doctrine ; mais avouons tout de suite que l’expérience dont nous parlons a eu une histoire malheureuse, qu’elle a servi quelque temps à infirmer les résultats que nous sommes aujourd’hui en droit d’en tirer, et que maintenant peut-être encore, par un reste des fausses lueurs dont elle avait