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dans le livre de M. Grove sur la Corrélation des Forces physiques. Il faut avouer que le physicien anglais mêle bien des incertitudes à quelques aperçus ingénieux, qu’il esquive les difficultés principales, qu’il agite plus de questions qu’il n’en résout, qu’il entre rarement au cœur du sujet, et qu’il n’apporte à l’appui de sa théorie qu’un très mince bagage de faits. Il eut du moins le mérite d’exposer avec quelques vues d’ensemble des idées qui étaient disséminées dans des travaux de toute sorte, et d’en faire tant bien que mal un corps de doctrines.

Depuis que le livre de M. Grove a paru, c’est-à-dire depuis une quinzaine d’années[1], on a fait dans la voie qu’il avait vaguement esquissée des progrès sérieux. On a renversé quelques-unes des barrières qui séparaient les différentes parties de la physique, et la vue, s’étendant plus librement, a saisi des rapports qui jusqu’alors étaient restés cachés. En entrant plus avant dans les faits, on a commencé à débarrasser la science des fluides hypothétiques, des entités latentes, des qualités occultes, des redondances fallacieuses. C’est ainsi que la chaleur et la lumière en sont venues à présenter des phénomènes tellement connexes que plusieurs physiciens osent insinuer qu’elles sont une seule et même chose, et qu’il n’y a de différence que dans notre perception. De ces rapports nouvellement établis entre des phénomènes qui avaient été longtemps regardés comme à peu près étrangers l’un à l’autre, nous pourrions citer encore quelques exemples. Nous nous bornerons à en signaler un des plus remarquables, et ce sera l’objet de cette étude : nous voulons parler de l’équivalence de la chaleur et du travail mécanique.

La théorie de cette équivalence, commencée vers 1842 par un physicien de Manchester, M. Joule, et par un médecin allemand, M. Jules-Robert Mayer, s’est répandue peu à peu dans le monde scientifique. D’abord obscurcie par bien des confusions, elle s’est dégagée lentement du brouillard. Elle brille aujourd’hui d’un vif éclat. Elle est, dans l’étude de la corrélation des phénomènes naturels, la partie la plus claire et la plus certaine. Elle forme, dans cet ensemble encore trop peu défini, un groupe complètement achevé. Si quelques doutes existaient encore à ce sujet dans certains esprits, ils ne peuvent manquer d’être levés par les deux excellentes leçons que M. Verdet a faites au mois de février de l’année dernière à la Société chimique de Paris. Il a résumé tous les faits relatifs à cette théorie fondamentale, et les a présentés avec la précision et l’élégance que donnent à de semblables exposés les formules de l’analyse mathématique. Si cette forme ne nous permet pas de le

  1. Il fut traduit on français en 1856 par M. l’abbé Moigno.