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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/429

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pour les mieux étudier, il est plus court de reconnaître que le spiritualisme doit s’efforcer aujourd’hui de faire droit à quelques-unes de ces justes réclamations. Il faut qu’il essaie de suivre les savans sur leur propre terrain, qu’il fasse l’épreuve de ses doctrines en les confrontant avec les faits physiques et physiologiques. Si le spiritualisme est vrai, il n’a rien à craindre de cette contre-épreuve, car la vérité ne peut se démentir elle-même ; mais si, dédaigneuse à l’excès de ce qui se passe autour d’elle, la philosophie spiritualiste ne s’apercevait pas de l’empire chaque jour plus étendu que conquièrent les sciences positives dans notre société, et des habitudes d’esprit qu’elles amènent avec elles, il serait à craindre que, même en possédant la vérité, elle ne se vît abandonnée, la plupart trouvant inutile de raisonner pour établir des vérités que le sens commun, le cœur et la foi démontrent suffisamment à leurs yeux, et les autres lui contestant le caractère de science, et opposant à son immobilité les progrès croissans de la physique, des mathématiques et de la chimie. Le moment serait donc venu, à notre avis, de faire un pas de ce côté. Il y va non-seulement des intérêts de la philosophie, mais des intérêts moraux et religieux de l’humanité, car il en est de l’esprit scientifique comme de la révolution, on ne le refoulera pas. Il faut s’accommoder avec lui ou périr par lui : c’est ce qu’a compris M. Charles Lambert, et c’est à nos yeux le principal mérite de son livre. D’autres ont eu la même idée sans doute ; mais seul il a essayé de l’exécuter, et cette tentative, si incomplète que soit le résultat, mérite encore d’être encouragée.

D’ailleurs, en dehors des raisons générales que nous venons d’indiquer, il y a des raisons précises, et toutes philosophiques, qui recommandent de prendre le problème de l’âme par une autre méthode que celle qu’on a suivie généralement. De quoi s’agit-il en effet ? De la distinction de l’âme et du corps. Or, dans cette question, les psychologues sont arrivés à éclaircir, à préciser jusqu’à un certain point la notion de l’esprit ; mais ils n’ont que les données les plus générales et les plus vagues sur la nature du corps : ils empruntent leur idée du corps soit au sens commun, soit à la tradition philosophique ; quelquefois, tant la nécessité est urgente, ils font usage de quelques indications scientifiques, mais sans les contrôler avec soin, comme il conviendrait pour en bien mesurer la valeur. En un mot, des deux termes que le problème oppose, le premier seulement leur présente une idée scientifique, et l’autre ne leur laisse qu’une idée vague et obscure. De là une part d’incertain et d’inconnu dans leurs raisonnemens, car, ne sachant pas exactement ce que c’est que le corps, ils ne peuvent le séparer nettement et distinctement de l’esprit, comme on fait quand on compare deux idées parfaitement distinctes. Quant aux savans, ils se trompent en sens inverse : leur idée du corps, plus ou moins précise, a une valeur scientifique (et encore aurait-elle besoin d’être élucidée et généralisée par la philosophie) ; mais leur idée de l’esprit est vague, confuse : c’est une notion incomplète. Comme ils n’ont pas travaillé par les méthodes qui conviennent à éclaircir