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pour un fiévreux, un danger réel ; mais il y avait à compter de plus avec le mauvais vouloir des autorités militaires napolitaines, qui n’avaient aucun motif, — il faut bien le reconnaître, — de traiter favorablement un représentant, un agent de la presse libérale anglaise. Elles avaient sur M. Arrivabene, en sa qualité de sujet ou de natif autrichien, des avantages qu’elles comprenaient fort bien, et pouvaient, en le faisant transporter à Trieste, en le livrant à l’Autriche, mettre leur responsabilité directe parfaitement à couvert. Cette pensée ne devait rien avoir de très gai pour un homme miné par les souffrances, et qui, écrivant de tous côtés à ses amis, ne recevait d’eux aucune réponse. Ses lettres effectivement, bien qu’elles fussent autorisées, ne parvenaient jamais à leur adresse. Les bruits les plus étranges lui revenaient en outre de tous côtés. Il était, lui disait-on un jour, suspect de menées muratistes. Le lendemain, on le supposait envoyé par lord Palmerston à Garibaldi pour négocier la cession de la Sicile à l’Angleterre ! Si absurde qu’elle fût, cette allégation fit fortune, paraît-il, aux yeux de l’état-major napolitain, car le général Viale, mandant le prévenu devant lui, l’interpella gravement à ce sujet, et ne voulut jamais accepter pour sincères les dénégations du malheureux publiciste. « Nous connaissons, disait-il, les intrigues du noble lord. Le Journal des Débats mentionne votre nom à côté de celui de M. Evelyn Ashley, parent et secrétaire de sa seigneurie, lequel se trouvait comme vous sur le champ de bataille du 19 septembre. Le hasard seul, comme vous voudriez le faire croire, ne vous avait certainement pas réunis. » Et comme M. Arrivabene, las de raisonner sur de pareilles chimères, invoquait purement et simplement la protection de son pays adoptif : « Nous verrons, nous verrons, reprit le général Viale. Le gouvernement anglais s’est habitué à malmener tout le monde ; mais, en ce qui vous concerne, je vous garantis qu’il n’aura pas le temps d’agir ainsi. »

Ces dernières paroles n’avaient rien de fort rassurant, et le récit de M. Arrivabene témoigne qu’elles le laissèrent aux prises avec d’assez vives inquiétudes ; mais l’agent consulaire anglais à Gaëte avait procédé sans retard. Le représentant de l’Angleterre à Naples, M. Elliot, prévenu par lui, intervint avec toute l’autorité, tout l’ascendant que le prestige de la Grande-Bretagne prête à ceux qui parlent en son nom, lorsqu’il apprit que Garibaldi avait vainement offert, en échange du comte Arrivabene, deux colonels napolitains faisant partie des troupes qui avaient mis bas les armes le 2 octobre à Maddaloni. Sur la dépêche du diplomate anglais, un conseil des ministres se réunit, et, contrairement à une décision déjà prise, M. Arrivabene fut mis en liberté. Encore fallut-il l’intervention du