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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/415

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les pertes des garibaldiens furent relativement énormes, l’entrée à Palerme, qu’on put envisager comme un heureux hasard plutôt que comme une preuve de supériorité militaire, nous laissèrent dans notre illusion primitive. À Melazzo, Garibaldi devait rencontrer ce Bosco transformé par une presse, complaisante en un vrai foudre de guerre. Bosco fut battu comme Landi et Lanza l’avaient été précédemment, et quand les garibaldiens marchèrent sur Messine, le général Clary n’imagina même pas de leur en discuter l’entrée. La Convention qu’il signa en se retirant dans la forteresse de Messine, convention qui stipulait l’évacuation de Syracuse et d’Augusta par les troupes royales, livrait la Sicile à l’armée du libérateur, et par le fait ouvrait le continent napolitain à l’invasion. Dès qu’elle fut possible, elle fut certaine, et nos agens diplomatiques ou militaires l’annoncèrent à coup sûr. Si elle contrariait nos vues, il était temps d’aviser ; dans le cas contraire, il eût été raisonnable et sage de céder ou de paraître céder à l’entraînement général, et de ne pas jeter un impuissant désaveu, à peine exprimé, dans le cours irrésistible des événemens révolutionnaires. Que sert de bouder en pareil cas, et, comme le disait récemment un indiscret député, « à quoi bon ronger son frein ? » Or la France garda sa position négative, sa neutralité boudeuse. Notre attitude vis-à-vis du nouvel état, qui se constituait à nos portes et de par nos armés était justement celle du gouvernement piémontais vis-à-vis de Garibaldi ; mais Victor-Emmanuel savait ne pas s’obstiner en ses désaveux et profiter à temps des entreprises qu’il avait cru devoir blâmer en principe. Alors même qu’il tâchait de ne méconnaître aucun droit, il rendait hommage aux faits accomplis, et c’est ainsi que, guidé au milieu des écueils par son adroit et vigoureux ministre, il marchait, ayant l’air de céder au courant, vers le but assigné à sa patriotique ambition. Il résistait jusqu’au moment où la résistance devenait intempestive et périlleuse : il cédait alors, mais avec un élan qui rachetait ses hésitations passagères. Nous cédions aussi, mais presque toujours un peu tard, et souvent d’assez mauvaise grâce.

Le livre de M. Arrivabene rappelle notre attention sur un des épisodes les moins bien connus de la crise finale où périt la royauté des Bourbons de Naples : nous, voulons parler de l’assistance plus ou moins directe, plus ou moins efficace, donnée au roi François II par l’escadre française qui mouillait en octobre 1860 dans la baie de Naples, et qui alla s’installer dans la rade de Gaëte, où sa présence annulait virtuellement les effets du blocus que le gouvernement dictatorial de l’Italie méridionale avait officiellement dénoncé au consul-général de France. La France ne reconnaissait pas ce blocus ; elle interdisait formellement toute opération navale contre