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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/413

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réduit quand on l’envisage ainsi. Considérée autrement, incorporée en quelque sorte à la grande lutte dont elle fut un des élémens, elle reprend et son véritable aspect et même sa véritable valeur. Les vaillantes attaques des Piémontais, et surtout la vigueur de leur attitude défensive, en empêchant Benedek de porter secours au comte Stadion, peuvent être regardées comme une des causes qui ont fait succomber ce dernier, et qui par conséquent ont amené la réussite du mouvement le plus décisif parmi ceux à qui l’armée alliée dut la victoire.

Si nous avons donné quelque développement à une question toute spéciale, c’est qu’un exposé fidèle des incidens de la journée de Solferino peut servir à expliquer l’attitude assez étrange qu’au témoignage de M. Arrivabene, et dès le lendemain de Villafranca, la France et l’Italie prirent vis-à-vis l’une de l’autre. Il y eut, ce nous semble, inconséquence des deux parts ; mais l’oubli trop prompt dans lequel furent mis les services que nous devaient alors, et le Piémont en particulier, et la péninsule italique tout entière, est encore plus concevable que les hésitations, les retours méfians, les mesquines résipiscences qui vinrent si mal à propos annuler le profit moral du grand coup que nous venions de porter. On eût dit, on peut croire encore que nous avions frappé à l’aveugle, sans pressentir que, l’outre d’Éole ouverte, les vents seraient déchaînés, que, le rocher frappé par la baguette miraculeuse, la source allait jaillir avec une force irrésistible. En voyant accourir les peuples altérés qui se précipitaient vers la liberté coulant à grands flots, Moïse sembla frappé de stupeur et d’effroi ; il avait réussi par-delà sa foi, par-delà ses espérances, et déjà se repentait. Les échos nombreux qui lui renvoyaient ses grandes paroles leur donnaient presque l’éclat menaçant de la foudre. Le peuple à qui l’on avait crié : Debout ! apparaissait plus grand et plus à craindre qu’on ne l’eût voulu peut-être. La mission de libérateur est pourtant bien simple. Affranchir une nation, ce n’est sans doute pas lui donner les institutions qu’on a rêvées pour elle : c’est lui remettre le soin de ses destinées et la protéger purement et simplement contre ceux qui voudraient l’empêcher de les régler elle-même. Dire aux Italiens : Gouvernez-vous à votre gré ; dire à l’Autriche : Vous n’avez plus à vous mêler désormais des affaires italiennes, — quoi donc de plus élémentaire et de plus logique ? quoi de plus conforme au bon droit et au bon sens ?

En présence d’une telle situation, M. de Cavour prit une éclatante revanche, et ne crut pas sans doute l’avoir payée trop cher quand la France réclama, comme fiche de consolation, le petit territoire dont la cession, consentie à regret, — non sans quelques arrière-pensées