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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/412

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Scoperta, l’ordre général de retraite avait déjà déterminé les brigades Gaal et Koller à se retirer, et que le général La Marmora, dépêché par le roi pour venir diriger sur ce point les opérations des troupes sardes, se trouva libre, moyennant la disparition de ces deux brigades ennemies, de lancer vers San-Martino la division Durando, renforcée par la brigade Piémont. Benedek, lui aussi, avait commencé sa retraite. Quelques bataillons défendirent seuls, pour couvrir son mouvement, les maisons et les jardins de San-Martino [1]. Ce fut sur cette arrière-garde du 8e corps que vinrent donner à la fois toutes les forces disponibles des Piémontais. Leur infanterie, lancée à l’assaut des positions, ne réussit d’abord qu’à s’emparer des fermes à mi-côte. Survinrent au galop quatre batteries d’artillerie qui foudroyèrent le village. Sous leur protection, la 5e division gravit les hauteurs et réussit à couronner le plateau, où vint bientôt la rejoindre, avec la 3e division, la brigade Aoste, dont l’artillerie, promptement amenée, accéléra la retraite de l’ennemi, que le général La Marmora poursuivit jusqu’à Pozzolengo, nonobstant quelques retours offensifs [2].

Voilà, pas à pas, heure par heure, le détail de cet épisode militaire de San-Martino, qui se réduit en définitive, pour les Piémontais, à quelques efforts offensifs, — vigoureux, nous n’en doutons nullement, mais qui avortèrent l’un après l’autre, — et à une attitude défensive fermement et courageusement maintenue ; le tout couronné par la prise de San-Martino, déjà évacué en partie, et que les Autrichiens ne défendaient plus que pour l’honneur des armes et la sûreté de leur retraite. Ajoutons, pour en finir, que les états officiels des pertes de l’armée piémontaise portent à 691 le nombre des morts, à 3,572 celui des blessés, et à 1,258 celui des hommes disparus. L’armée française avait 1,622 morts, 8,530 blessés et 1,518 disparus. Il nous semble qu’en présence de pareils faits et de pareils chiffres les commentaires seraient superflus. Nous ferons donc simplement remarquer que notre but, en ramenant la « bataille de San-Martino » à ses véritables proportions, n’est nullement de froisser le juste orgueil que l’armée piémontaise inspirait à l’Italie tout entière ; mais, si nous comprenons chez nos alliés ce sentiment très légitime, encore faut-il qu’on lui ôte ce qu’il aurait de blessant et d’inique à l’égard de nos soldats. Faire de San-Martino une bataille principale et isolée serait de la part des écrivains et des orateurs piémontais une insigne maladresse ; on vient de voir à quoi elle se

  1. En évaluant à 20,000 hommes les troupes que Benedek avait massées là pour couvrir sa retraite, M. Arrivabene se laisse entraîner à une exagération bien évidente, Benedek ne disposant en tout que de six brigades.
  2. La première division, retardée par une légère escarmouche du côté du mont Fani, n’avait pu arriver à temps pour participer à la prise de San-Martino.