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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/411

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mais l’élan des soldats le conduit jusqu’à moitié route de Rivoltella, puis plus loin encore et presqu’à Rivoltella même.

La division Fanti s’est ébranlée à onze heures, se portant du côté de Solferino, pour y concourir, le cas échéant, à l’attaque des positions centrales de l’armée autrichienne. Après une heure et demie de marché dans cette direction, un message pressant du roi Victor-Emmanuel l’appelle du côté de San-Martino. La brigade Aoste s’y porte au secours du général Mollard ; la brigade Piémont va y rejoindre le général Durando vers Madonna délia Scoperta. Tout ceci nous mène au cinquième moment, c’est-à-dire à l’intervalle compris entre une heure et demie et quatre heures de l’après-midi. Pendant ce laps de temps, la brigade de Savoie, entrée en ligne tout entière, contient à grand’peine les progrès des brigades autrichiennes Gaal et Koller ; elle conserve cependant ses positions malgré leurs attaques réitérées. Quant au général Mollard, demeuré seul devant Madonna délia Scoperta depuis la retraite de Cucchiari, il reste sur le chemin de fer, attendant les renforts que Fanti lui amène et s’efforce, en maintenant le combat d’empêcher que le général Benedek ne détache quelques-unes de ses six brigades d’infanterie au secours du comte Stadion, à qui Solferino vient d’être enlevé. Par cela seul, il rend un service réel à nos troupes. Vers trois heures, il reçoit du roi Victor-Emmanuel l’ordre d’attaquer encore San-Martino, de concert avec la brigade Aoste, qui va lui arriver, de concert également avec le 5e corps (Cucchiari), qu’on a tant bien que mal réorganisé sous les murs de Rivoltella.

Sixième moment : de quatre heures à la nuit. L’armée française a coupé le centre des Autrichiens. Les corps d’armée Baraguay-d’Hilliers et Mac-Mahon ont dépassé Solferino et Cavriana. Les généraux Regnault et de Failly menacent Guidizzolo, le dernier point où les Autrichiens tiennent encore, à l’extrême droite de la bataille. C’est à cet instant que l’empereur François-Joseph accepte en frémissant l’arrêt du destin, et se décide à ordonner une retraite générale ; c’est à cette heure aussi qu’éclate cette formidable tempête qui favorise le mouvement rétrograde de l’armée autrichienne et arrête l’élan victorieux de nos troupes. Alors que la tempête se déclarait, averti que le 5e corps (Cucchiari) était en vue, arrivant en toute hâte, le général Mollard venait d’ordonner l’attaque de San-Martinoy qu’il fallait, disaient les ordres royaux, enlever avant la nuit. Toute manœuvre devient provisoirement impossible ; mais, l’orage à peine dissipé, le mouvement offensif des Piémontais se prononce [1]. Il faut ici se rappeler que, du côté de Madonna delle

  1. Le signal de cette dernière attaque : Avanti ! alla carica ! fut donné par le roi lui-même, criant et galopant sur le front des bataillons qui s’élançaient.