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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/377

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« César était grand sans doute, dit le chercheur de mythes, et grand de toutes les manières, grand tribun, grand capitaine, grand homme d’état ; qu’importe ? Tacite lui-même a beau l’appeler le premier de tous les Romains, primus omnium Romanorum ; Athénée à beau l’appeler le premier de tous les hommes, πρώτος πάντων άνθρώτων : M. de Lasaulx proteste au nom du droit, et vraiment cette protestation ne manque pas d’un certain effet dramatique chez un homme que l’histoire idéale aurait pu rendre indifférent aux douleurs de la réalité. Il va même beaucoup trop loin, si, ne se défiant pas d’un enthousiasme de collège, il oublie quelle mauvaise cause défendait la vieille oligarchie aristocratique. Ici surtout nous sommes obligés de le renvoyer à M. Mommsen, c’est-à-dire au plus passionné, mais aussi au plus savant et au plus libéral historien de la révolution romaine. Étrange pouvoir de cette révolution, qui agite encore, à dix-neuf siècles de distance, non-seulement les tribuns, mais les érudits et les rêveurs ! Mêlée terrible, assez bruyante pour arracher un somnambule comme M. de Lasaulx au mystérieux spectacle de l’histoire invisible ! Ce n’est là du reste qu’une distraction d’un instant ; silence au drame et aux passions d’en bas ! voici le mystique domaine qui se rouvre et les signes qui reparaissent.

M. de. Lasaulx est singulièrement frappé de certaines analogies entre Auguste et Jésus-Christ, « non pas, certes, que le lâche et cruel Octave puisse être comparé au plus pur, au plus tendre bienfaiteur de la race humaine ; » l’analogie est dans la situation historique, non pas dans le caractère, et il peut arriver qu’un méchant soit le précurseur d’un saint, par ce seul fait qu’il lui aura frayé la route sans le vouloir. « Au reste, ajoute l’auteur en note, je reconnais volontiers qu’il faut procéder avec prudence dans cette confrontation de types, et n’y voir, comme dit saint Augustin, que de simples hypothèses de l’esprit humain, hypothèses qui nous conduisent quelquefois au vrai et quelquefois nous en éloignent. » Après s’être ainsi exhorté à la prudence, M. de Lasaulx revient à ses rapprochemens avec plus, de témérité que jamais. Auguste, sachez-le, est un précurseur mystique de Jésus-Christ ! Jésus est né à Bethléem, non loin de Jérusalem ; Auguste est né à Vélitres, dans le voisinage de Rome. Dès les premiers jours du monde, la naissance du Christ est promise au peuple de Dieu ; dès les temps les plus reculés de l’histoire de l’Italie, les oracles avaient annoncé à Vélitres qu’un de ses enfans serait un jour le maître de l’univers. Au moment où Jésus naquit dans l’étable, des mages étant venus d’Orient pour l’adorer, Hérode, effrayé, fit égorger tous les enfans de Bethléem et des lieux d’alentour ; quelques mois avant la naissance d’Auguste, il y eut dans Rome des signes, et les aruspices ayant déclaré