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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/368

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de surprises aux recherches des érudits et aux méditations des penseurs.

Un autre intérêt s’attache encore au rapprochement que nous voulons faire. Jusqu’à la fin du dernier siècle, on avait étudié l’histoire romaine au point de vue de la tradition romaine ; avec Herder et Hegel, le germanisme protesta énergiquement, et le rôle des races du nord en face de la corruption latine fut glorifié comme une œuvre providentielle. S’il y a un principe admis dans la critique historique de nos jours, c’est que les nations saxonnes sont venues apporter un nouveau souffle de vie à l’humanité défaillante. L’influence latine conduisait le genre humain au tombeau, l’influence germanique le sauva. Hegel, dans l’enthousiasme de cette idée, oublie par momens que l’âme du monde moderne, avant tout, c’est le christianisme, et, devant donner un nom à la période qui suit la période gréco-romaine, il l’appelle non pas l’époque chrétienne, mais l’époque germanique. Pour les écrivains les plus modérés de l’école allemande, germanisme et christianisme sont des termes synonymes ou du moins inséparables ; on ne peut prononcer l’un sans évoquer l’autre. Pendant bien des années, historiens et philosophes ont répété cette formule : l’état chrétien et germanique, la société chrétienne et germanique. Tel était, disaient-ils, le vrai nom des âges nouveaux. L’ancienne école latine était abandonnée. Or c’est précisément cette école qui se relève aujourd’hui dans les deux ouvragés dont je veux m’occuper, c’est l’école latine (sous deux formes germanique et française) qui essaie de renouveler ses théories, et, parlant ici au point de vue de l’église, là au point de vue de l’état, vient livrer bataille aux adversaires du latinisme. Un si curieux épisode mérite de ne point passer inaperçu.


I

Il y a deux ans, un savant et ingénieux écrivain de l’Allemagne du sud, M. Ernest de Lasaulx, lisait à l’académie royale de Munich un travail très remarqué sur la philosophie de l’histoire romaine. Dans un sujet tant de fois traité, l’auteur avait trouvé l’art d’être neuf. Au lieu de s’en tenir à la suite des faits et d’en rechercher la loi comme Polybe ou Machiavel, comme Bossuet ou Montesquieu, et même comme Niebuhr ou Mommsen, il s’attachait à ce qu’on peut appeler l’histoire mystique de la ville éternelle. La place de Rome est si grande dans les destinées du genre humain que le spectacle d’une telle destinée a dû éveiller de bonne heure chez les esprits contemplatifs l’idée d’une intervention directe de la Providence. Cette idée d’une mission divine expressément attribuée à la cité de