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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/290

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votre patrie y sont étrangères. Napoléon a eu à ce sujet des conversations confidentielles avec les envoyés d’Autriche et de Prusse, et le ton dans lequel il s’est expliqué peint très bien et son caractère et le peu d’affection qu’il porte à vos compatriotes, qu’il ne regarde que comme des instrumens de sa haine envers la Russie.

« Cette guerre, que je ne puis plus éviter, à ce qu’il semble, me dégage de tous les ménagemens que j’ai eu à garder envers la France, et me laisse la liberté de travailler à mes idées favorites sur la régénération de votre patrie. Il ne s’agit donc que de déterminer la marche la plus avantageuse à suivre pour assurer le succès de nos plans et pour que vous soyez mieux à même d’asseoir votre jugement, et je crois utile de vous donner quelques indications sur les opérations militaires.

« Quoiqu’il ne soit pas impossible que nous puissions nous porter avec nos forces jusqu’à la Vistule, même la passer, et par là avoir le moyen d’entrer à Varsovie, il est plus prudent cependant de ne pas baser nos calculs sur des chances aussi avantageuses. De là naît la nécessité d’arranger nos démarches de manière à ne pas compter sur les ressources et l’effet que la possession de Varsovie pourrait nous procurer. C’est donc dans nos provinces qu’il faudra créer le centre d’action. Il en résulte plusieurs questions très importantes à résoudre.

« Quel est le moment le plus propre pour prononcer la régénération de la Pologne ? Est-ce à l’instant même de la rupture ? est-ce après que les opérations militaires nous auront procuré quelques avantages majeurs ?

« Si le second parti est préféré, serait-il utile au succès de nos plans d’organiser un grand-duché de Lithuanie comme mesure préalable, et de lui donner une des deux constitutions préparées, ou faut-il ajourner cette mesure, pour la confondre dans celle de la régénération de la Pologne entière ?

« C’est sur ces questions essentielles que je vous invite à m’énoncer votre opinion franchement… Je n’entrerai plus ici en discussion sur les deux chances qui se présentent pour la Russie dans cette lutte. Il me semble avoir épuisé ce chapitre dans mes précédentes. Je me contenterai de rappeler seulement l’étendue immense de terrains que les armées russes ont derrière elles pour se retirer et ne pas se laisser entamer, et les difficultés qui à mesure augmenteront pour Napoléon en s’éloignant si fort de ses ressources. Si la guerre commence, on est résolu ici à ne plus poser les armes. Les ressources militaires qu’on a rassemblées sont très grandes, et l’esprit public est excellent en différant essentiellement de celui dont vous avez été témoin les deux premières fois. Il n’y a plus de cette jactance qui faisait mépriser son ennemi. On apprécie au contraire toute sa force, on croit que des revers sont très possibles ; mais on est décidé, malgré cela, à soutenir, l’honneur de l’empire à toute outrance.

« Quel effet la jonction des Polonais ne ferait-elle pas dans ces circonstances ! C’est immense, et cette masse d’Allemands menés par force suivrait très certainement l’exemple des premiers. Ne serait-il donc pas possible de produire ce grand résultat ? La Suède a conclu une alliance offensive et défensive avec nous. Le prince royal brûle du désir de devenir l’antagoniste de Napoléon, contre lequel il a une ancienne inimitié personnelle,