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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/223

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entièrement le squelette du mésopithèque du Pentélique, et lui donner une place dans cette curieuse faune de l’Attique qu’il a fait connaître au monde savant.

Si l’antiquité géologique de l’homme rencontre encore des incrédules, l’ancienneté absolue de notre espèce devient de moins en moins contestable. Sir Charles Lyell s’est appliqué, dans son intéressant ouvrage, à en accumuler les preuves. On ne peut, ce me semble, que partager son avis quand il fait comprendre combien a dû être longue la période de pierre. Les monumens de cet âge lointain nous semblent presque uniformes ; « mais, dit-il avec raison, il a pu y avoir divers degrés dans l’art de fabriquer les instrumens en silex pendant la première période de pierre, sans que nous puissions facilement en découvrir les traces, et des tribus contemporaines ont pu être à cet égard en avance les unes sur les autres. Les chasseurs par exemple qui mangeaient du rhinocéros et qui enterraient leurs morts avec des rites funéraires à Aurignac ont pu être moins barbares que les sauvages de Saint-Acheul, comme l’indiqueraient quelques-unes de leurs armes et certains de leurs ustensiles. Pour l’Européen qui regarde du haut de sa grandeur les produits de l’humble art des aborigènes de tous les temps et de tous les pays, les couteaux et les flèches de l’Indien peau rouge de l’Amérique du Nord, les haches du natif australien, les instrumens trouvés dans les anciennes habitations des lacs suisses, ceux des tas coquilliers du Danemark ou de Saint-Acheul, tous ces objets semblent également grossiers, et le caractère général en paraît uniforme. La lenteur du progrès des arts de la vie sauvage est prouvée par ce fait, que les premiers instrumens de bronze furent fondus sur le modèle des instrumens de pierre de l’âge précédent, bien que de semblables formes n’eussent pas été choisies naturellement, si l’on avait connu les métaux avant la pierre. La résistance des tribus sauvages aux nouvelles inventions, leur incapacité à se les assimiler se montrent bien dans l’Orient, où elles continuent à employer les instrumens en pierre de leurs ancêtres, quoique de puissans empires, où l’usage des métaux était connu, aient flori pendant trois mille ans dans leur voisinage. »

L’espèce humaine nous montre dans son état actuel quelque chose de semblable à.ce qu’observe la paléontologie dans le spectacle général de la nature : à côté des formes les plus parfaites se sont conservées les formes les plus rudimentaires, les plus humbles, déjà en existence dès que la vie essaya ses forces à la surface de notre planète. De même, à côté de tant de grandes civilisations, nous retrouvons éparses des agrégations humaines, retardées dans l’ignorance et la grossièreté des premiers âges. Les tribus les plus dégradées ne nous rendent pourtant pas, on peut l’affirmer, l’image