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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/214

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bien longtemps, on a recueilli sur divers points de l’Europe des ossemens ou des ouvrages, humains associés dans le rouge limon des cavernes à des restes d’hyènes, d’ours, d’éléphans, de rhinocéros, appartenant à des espèces aujourd’hui disparues ; mais les observations faites dans les cavernes ont toujours été mises en suspicion. L’homme y a souvent cherché un lieu de retraite et de sépulture ; les grottes sont traversées par des eaux sorties des fissures qui communiquent avec le sommet des plateaux, et pendant les grandes pluies des débris de toute sorte peuvent y être entraînés. Les inductions tirées de la présence simultanée des restes humains et des espèces d’animaux éteintes dans le sol des cavernes ont toutefois repris une grande importance depuis la découverte des silex taillés de main d’homme dans les graviers de la vallée de la Somme, en France, et de nouvelles recherches ont ramené l’attention sur les grottes ossifères.

Ces préliminaires posés, il faut chercher les traces les plus effacées de l’homme en sortant des temps historiques et en s’enfonçant dans un passé de plus en plus lointain. Pour retrouver l’homme primitif, la science ne nous conduit pas sur les plateaux de l’Asie centrale, dans cette région que la philologie a quelquefois nommée l’ombilic du monde, et dont elle ne parle qu’avec une sorte de religieuse vénération, car elle en fait descendre les deux grandes races iranienne et sémitique qui ont marché en tête de la civilisation et ont fourni à la pensée humaine les idées qui sont ses vrais titres de noblesse. Il y a lieu de croire qu’une exploration des hautes vallées de l’Iran, entreprise non pas au point de vue archéologique, mais au point de vue géologique, fournirait des résultats précieux et peut-être très inattendus ; mais jusqu’à présent l’homme antéhistorique n’a été trouvé que dans le Danemark, en Suisse, en Angleterre, dans les plaines du nord de l’Allemagne, en France, dans une zone en résumé plutôt septentrionale que méridionale.

Avant la domination romaine, les vastes plaines du nord de l’Europe, encore recouvertes par d’épaisses forêts, nourrissaient déjà une population à laquelle l’usage du bronze n’était pas inconnu, et qui était en conséquence arrivée à un état de civilisation relativement assez avancé, car le bronze est un alliage de cuivre et d’étain, et ces métaux ne sont extraits de leurs minerais qu’avec quelque difficulté. Cette civilisation grossière était assez uniformément répandue depuis la Scandinavie jusqu’aux Alpes et même dans le vaste bassin du Danube. On en a trouvé les monumens dans les tourbes du Danemark ; ils s’y rencontrent au-dessous des couches superficielles qui contiennent les débris de l’âgé de fer. Des épées et des boucliers de bronze ont été retirés des couches plus profondes et sont