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Page:Revue des Deux Mondes - 1863 - tome 45.djvu/208

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L'HOMME PRIMITIF
D'APRES LES TRAVAUX DE MM. LYELL ET HUXLEY.

I. The Geological Evidences of the Antiquity of Man, by sir Charles Lyell, Londres 1863.
II. Evidence as to Man’s Place in nature, by Thomas Henry Huxley, Londres 1863.

Depuis que l’homme a ouvert les yeux sur le monde, il se demande avec anxiété quelle est son origine et quelle doit être sa fin. Il a fouillé jusqu’aux plus lointaines distances et jusqu’aux plus minutieux détails la nature au sein de laquelle il est jeté, il en a découvert les plus mystérieux ressorts, les plus magnifiques lois ; mais il ne sait encore quel est son rôle dans ce drame, dont seul pourtant il semble appelé à deviner le sens. Il se connaît et connaît l’univers, mais le spectateur et le spectacle demeurent en face l’un de l’autre comme les deux termes d’une insoluble antinomie. D’où partons-nous ? Où allons-nous ? Quel degré occupons-nous dans cette échelle d’existences innombrables que le temps élève et abaisse sans cesse ? L’homme est-il le dernier terme d’une longue série, ou reste-t-il seul, sans points de comparaison, ignorant si sa petitesse est grandeur ou sa grandeur petitesse ?

Les réponses n’ont jamais manqué à ces questions, que l’esprit se pose aussitôt qu’il est traversé parles premières lueurs de la raison ; mais que ces réponses sont confuses et contradictoires ! Frappés du caractère tragique de la vie humaine, effrayés de la responsabilité qui pèse sur nos consciences, la plupart des penseurs ont en quelque sorte mis l’homme aux pieds mêmes de Dieu ; ils l’ont proclamé roi de la création, mais en traçant entre ses sujets et lui, comme